L'activité marchande   

  

1) Naissance de la Communauté des Marchands Fréquentants

P. MANTELLIER, Histoire de la Communauté des Marchands fréquentant la Rivière de Loire et fleuves descendant en icelle, 3 vol., 1867-1869.
Réédition augmentée en 2 vol. par Denis JEANSON, 1987.

 L'activité des marchands de Saumur est mal connue en ce qui regarde le trafic terrestre, mais abondamment documentée pour les voies d'eau. La " Communauté des Marchands fréquentant la Rivière de Loire et fleuves descendant en icelle ", la très influente association qui anime la grande artère fluviale pendant tout l'Ancien Régime, se structure à Saumur au milieu du XIVe siècle, bien qu'elle pourrait être de naissance un peu plus ancienne.
 En tout cas, en 1359, seize marchands établis à Saumur, « conversans et reperans sur la rivière de Loire », s'associent pour aider le seigneur d'Ingrandes à payer sa rançon. C'est le premier acte de la Communauté des Marchands Fréquentants, qui transfère ensuite son siège à Orléans, mais qui, du fait de la guerre, revient à Saumur tenir des assemblées générales, en particulier en 1430 et 1434. Parmi les douze négociants locaux qui sont alors cités, apparaissent Pierre Foulon et Jean de Chourses.
   

2) Le problème des taxes

 Nos marchands passent leur temps à discuter des taxes prélevées sur la navigation, soit qu'ils en consentent de nouvelles ( pour acheter le départ des Anglais, pour payer les rançons de grands seigneurs péagers, pour fortifier les villes d'Angers et de Saumur, pour participer aux frais du balisage ), soit qu'ils arrachent une abolition générale, comme à l'assemblée des Trois Etats tenue à Saumur en 1431. Mais les taxes renaissent toujours sous des noms divers. Trois péages fluviaux sont perçus à Saumur. L'un est prélevé par le seigneur de Chavigny, au Chapeau, à l'entrée amont du bras de la Croix Verte. Les deux autres sont payés par les bateaux lors de leur passage sous les ponts, l'un pour les habitants de la ville ; l'autre, le plus important, dépend du duc d'Anjou. Il est défini dans une " coutume des chalands " rédigée en 1377. Chaque bateau qui passe sous le tablier de Saumur doit verser un péage à la " boîte ", ainsi, 3 deniers et demi par tonneau de vin, la même somme pour chaque muid de blé ou de farine, deux deniers pour une fournée de pain cuit à Saumur, etc. L'abbé de Saint-Florent ( qui entretient le pont ) perçoit en gros le tiers des sommes dues par les marchandises " qui baissent ", c'est-à-dire qui descendent le fleuve. Sur les marchandises " qui montent ", l'abbesse de Fontevraud ( qui ne débourse pas un sou ) prend le quart des droits. Le restant revient au duc d'Anjou et au seigneur de Montreuil.
   

3) Un commerce intense

 Les prélèvements sont en réalité plus complexes et sans cesse renégociés. Plutôt que d'infliger des énumérations répétitives, contentons-nous d'établir quelques conclusions évidentes. Saumur est l'une des capitales de la marine de Loire, le trafic est intense, constant et varié ; après les coupures, la reprise est rapide ; les fermetures volontaires, par exemple, le blocus visant l'approvisionnement de la Bretagne, se révèlent d'une rapide efficacité.
 Au milieu du XVe siècle, les marchands de Saumur s'intègrent dans le réseau de Jacques Coeur, qui y dispose de correspondants attitrés. Peu après, en 1455, Saumur compte vingt "drapiers", la majorité étant avant tout des négociants plutôt que des fabricants.
   

4) La navigation sur le Thouet

 
 
Hugues IMBERT, « Projet de Canalisation du Thoué au XVe siècle », Mémoires de la Société de Statistique, sciences et arts des Deux-Sèvres, 1872, p. 383-393.

 Le Thouet est naturellement navigable, mais des portes marinières en régularisent le niveau. En 1403, les marchands obtiennent le droit de franchir, pendant toute la période de jour, les portes marinières de Saint-Florent : il leur en coûte un beau calice et 20 sous de rente annuelle ( A.D.M.L., H 2 136 ). Les meuniers sont les perdants de cet accord : ils ne peuvent plus faire tourner leurs moulins que pendant la nuit.
 En juin 1430, les Marchands Fréquentants, dans leur assemblée tenue à Saumur, demandent à Christophe d'Harcourt, le tuteur des jeunes seigneurs de Montreuil, d'améliorer le tirant d'eau en construisant trois nouvelles portes marinières. L'année suivante, Charles VII autorise ce projet, qui a été réalisé au moins partiellement ( contrairement à ce que croyait C. Port ). En 1452, la cour de Saumur oblige la dame de Saumoussay à maintenir en état une porte marinière ; en 1470, les Marchands Fréquentants entreposent des tonneaux de vin sur un pré situé près du pont Fouchard et doivent payer une location de 45 livres.
   

5) Des conflits séculaires

 Les eaux du Thouet sont toujours disputées, et les conflits déjà rencontrés au XIIIe siècle réapparaissent. Cette fois, l'abbé Louis du Bellay avait fait construire la large levée qu'on appelle aujourd'hui l'avenue du Breil, afin de relier directement l'abbaye à Saumur, via un bac situé un peu en aval des moulins. Mais l'écoulement des eaux s'en trouve perturbé et les propriétaires des prairies riveraines se plaignent. Nouveaux travaux en 1514 : par surprise, quatre-vingts personnes venues de Saumur, furieuses et armées, viennent défoncer la nouvelle chaussée.
   

 Le cours inférieur du Thouet, de même que les grands ponts de la ville, apparaissent comme des zones grouillantes d'activité, mais où s'affrontent les intérêts divergents des marchands, des mariniers, des pêcheurs, des meuniers, des propriétaires de prairies et aussi des percepteurs de péages. Au total, cette vitalité nous amène à conclure à une relative prospérité de la région.