Les premières associations de métiers   

  

1) Le corps le plus puissant, les marchands

 A Saumur comme dans la plupart des villes, les marchands sont les premiers à s'organiser en structure professionnelle. Nous avons déjà rencontré les 16 négociants saumurois qui, en 1359, s'associent pour aider le seigneur d'Ingrandes, un de leurs seigneurs péagers, à réunir le montant de sa rançon. Leur entente débouche sur la fondation de la puissante " Communauté des Marchands Fréquentants ", qui organise la navigation et le commerce sur la Loire et ses affluents.
 D'autres commerçants sont vraisemblablement associés - et depuis longtemps -, par exemple les drapiers, mais nous ne disposons d'aucun document à leur sujet. Les marchands fermiers, qui prennent en location la perception des taxes, sont de gros manieurs d'argent ; ils sont en concurrence entre eux et demeurent inorganisés.
   

2) Le poids des bouchers

A.M.S., HH 5 à HH 13

 Un autre puissant corps se structure à la même époque, celui des bouchers, qui, dès 1359, obtient un statut qui est confirmé en 1469, novembre 1481, 1500 et janvier 1539. Au nombre d'une douzaine environ, les maîtres-bouchers s'entendent pour louer à Saint-Florent la prée du Breil, sur laquelle ils placent en permanence des animaux à l'engrais. Ils sont tenus d'abattre hors du centre-ville, dans la tuerie située près des halles du Chardonnet. Ils n'ont pas d'étal particulier, mais ont chacun leur banc dans l'une des deux boucheries publiques de la ville ; il leur en coûte un " droit de banchage ", qui est perçu par l'abbesse de Fontevraud pour la boucherie située près de la porte de la Tonnelle.
 Au fil des siècles, on assiste à leur montée en puissance. Cooptés dans des dynasties familiales, les maîtres-bouchers ne dépassent jamais le nombre de dix-huit. Ils se réunissent dans des festins plantureux, où la langue de boeuf est arrosée au vin de Chaintres. Leurs gros moyens financiers leur permettent de disputer aux marchands fermiers la perception de certaines taxes.
 En période de Carême, les boucheries sont fermées, un seul maître peut continuer à débiter de la viande à destination des malades. Cette dispense très recherchée est mise aux enchères à l'intérieur de la communauté, elle peut monter jusqu'à 100-150 livres.
   

3) Des gagne-petit, les cordonniers

A.M.S., HH 38, 39 et 52

 Les cordonniers, qui ont reçu des statuts accordés à Launay par le roi René le 8 mai 1466, sont au contraire de petites gens, chargés de taxes et de devoirs variés ; quand leur atelier donne sur la rue, ils paient un droit de fenestrage de quatre deniers dû au chambrier de l'abbaye de Saint-Florent ( A.D.M.L., H 2740 ).
 Ils sont en conflit permanent avec les savetiers ( organisés à Saumur depuis 1579 ). Ils fabriquent des chaussures neuves, qu'ils n'ont pas le droit de réparer, alors que les savetiers rafistolent, sans pouvoir utiliser du cuir neuf ( A.D.M.L., E 4407 ).
 Le patron des cordonniers est, bien sûr, saint Crespin, qu'ils honorent dans une chapelle implantée dans l'église de Nantilly, sur le mur septentrional du transept gauche ( A.D.M.L., G 2 358 ).
   

4) Un corps étroitement surveillé, les orfèvres 

Monique JACOB, « Les orfèvres d'Anjou et du Bas-Maine du Moyen Age au XIXe siècle », 303, LV, p. 15-23.

 Maniant des métaux précieux apparentés à la monnaie, les orfèvres sont organisés par le pouvoir royal. En 1554, les jugeant trop nombreux, Henri II n'autorise que quatre orfèvres pour la ville de Saumur, mais ce nombre est constamment dépassé, jusqu'à atteindre huit ou neuf. Les travaux doivent présenter trois, et plus tard quatre poinçons : l'un apposé sur l'ébauche, un autre sur l'ouvrage terminé et le poinçon de jurande, caractérisé par une lettre changeant tous les deux ans selon le maître en charge. Ce corps est le modèle de ce qu'on a appelé les " corporations ", avec ses nombreuses cérémonies religieuses, avec ses règlements complexes et tatillons, mais qui assurent de solides garanties aux acheteurs.
   

5) L'ascension des barbiers-chirurgiens

A.M.S., HH 14 et 15
M. MONTIER, « La Confrérie des Maîtres Barbiers-Chirurgiens de Saumur du XVIe au XVIIIe siècle », S.L.S.A.S., juillet 1930 à avril 1931.

 Les maîtres barbiers-chirurgiens sont associés à Saumur depuis 1567, où ils fondent une messe solennelle en l'église Saint-Pierre en l'honneur de leurs saints patrons, Côme et Damien, fêtés le 27 septembre. Ce sont encore de petites gens, encore très proches des perruquiers, mais, à l'aide de leur rasoir, ils ne se contentent pas de couper les barbes, ils pratiquent aussi les saignées, car les clercs, qui accaparent encore les fonctions médicales, n'ont pas le droit de verser le sang. Cette pratique, jointe à la réduction des fractures, les intègre progressivement dans les corps de santé et est au départ de leur exceptionnelle ascension.
   


A.D.M.L., E 4396 et 4418

 Tout au long du XVIe siècle, une foule de métiers s'associent à Saumur en corps et communautés, par exemple, les tisserands en 1580, les pâtissiers-rôtisseurs en 1593 et les avocats en 1598.