Les premières confréries   

   

 Les douze confréries répertoriées au XVe siècle ne sont pas toutes bien connues, mais elles présentent trois caractéristiques communes.
   

1) Une dévotion particulière

 Au-delà des devoirs déjà chargés de la pratique paroissiale, un bon nombre de Saumurois se regroupent en " frairies ", afin de développer en commun une dévotion particulière, souvent tournée vers la Vierge, et de tisser en même temps des liens de convivialité.
 Il n'y a aucune ostentation dans cette piété simple et bien tempérée. A la différence des villes méridionales, Saumur n'a ni pénitents noirs ni flagellants.
 Toutes ces confréries fondent au moins une chapelle, qui ne correspond pas forcément à un lieu de culte, mais à une dotation qui assure l'entretien d'un chapelain particulier.
   

2) Une grande fête annuelle

 Commençant la veille et parfois toute la semaine précédente, une fête annuelle est célébrée avec éclat dans l'église particulière de la confrérie. A l'issue d'une grand-messe, des réjouissances conviviales réunissent tous les associés, le plus souvent dans un grand banquet.
   

3) Les rites funéraires

 Très logiquement, ces associations fraternelles se rassemblent lors du décès d'un des leurs. Les membres doivent accompagner leur confrère défunt depuis sa maison ; ceux qui le portent revêtent une chape de cérémonie ; les autres lui font escorte. Tous doivent aussi assister à une messe de huitaine et à l'obit, au bout d'un an.

 Tous ces rituels semblent communs à toutes les confréries, dans la mesure où on les connaît. Mais une seule nous a laissé des registres abondants.
   

4) La confrérie de l'Assomption

Frédérique POIRAULT, La Confrérie de l'Assomption de Saumur, 1402-1903, mémoire de maîtrise, 1978.

  « La frairie de Nostre-Dame Mioust fondée en l'église de Nostre-Dame de Nantilly » est la plus nombreuse des confréries de la ville.
 Sa dévotion est centrée sur le culte de l'Assomption de la Vierge, qui est une croyance traditionnelle, mais qui n'est pas encore définie comme un dogme par l'Eglise. Sa fête est évidemment le 15 août, mais elle se prolonge jusqu'au dimanche suivant, jour d'une grand-messe, suivie par un banquet plantureux, où l'on engloutit jusqu'à neuf boeufs. Une procession clôture les cérémonies.
 Les statuts de la confrérie sont rédigés par les quatre procureurs en 1402, mais l'association est de fondation plus ancienne ; à son origine, elle pourrait être liée à une communauté de métier, car elle possède un bâton, richement orné de statuettes d'argent.
 En 1402, la confrérie regroupe 524 membres, ce qui représente plus du dixième de la population de la ville. Ses effectifs connaissent des fluctuations brusques : elle chute à 20 confrères en 1569, en pleine crise de la Réforme, mais elle atteint 583 membres en 1602, avec la montée locale de la Contre-Réforme.
 D'une façon générale, les femmes y sont nettement en majorité ; toutes les catégories de la société sont présentes, membres du clergé régulier et séculier, notables, artisans et pauvres gens. Cependant les quatre charges de procureurs sont tenues par des hommes de loi.
 La confrérie n'exige de ses membres qu'une cotisation de quelques sous, en proportion de leurs ressources. Elle dispose cependant de gros moyens, car elle a bénéficié d'importantes donations à ses origines. Cela lui permet d'entretenir deux chapelles à Nantilly ( Notre-Dame des Vifs et Notre-Dame des Morts, dont les offices sont célébrés au maître-autel ), de loger deux chapelains dans des maisons du quartier et de posséder son propre siège, « une grande grange dans laquelle ces confrères mangeoient ensemble pendant tout l'octave » ( F. Bernard de Haumont, p. 19 ). Ce bâtiment reviendra ensuite aux pères récollets, qui le remplacent par leur couvent.

 Avant 1452, la confrérie a également des droits sur les institutions charitables du quartier. Pour son banquet, l'Hôtel-Dieu doit lui prêter de la vaisselle et l'aumônerie l'approvisionner en « très bon vin blanc, pur, franc et nouvel ».
 Enfin, la confrérie contribue à l'entretien et à la décoration de l'église, comme toutes ses semblables.