Une étrange structure paroissiale   

   

 En théorie, Saumur est le siège d'une paroisse unique, mais ce principe est contesté en permanence.
  

1) Rivalités entre les chapitres

 Le recteur, les chapelains et le sacristain de Saint-Pierre - au total, 12 clercs - peuvent se constituer en corps et communauté « à la semblance des chapelains des églises collégiales du diocèse », selon l'autorisation donnée le 17 janvier 1442 par l'évêque d'Angers, Jean Michel. En séjour à Saumur, le roi Charles VII confirme cette faveur le 3 septembre 1443. Les clercs de l'église Saint-Pierre se proclament abusivement " chanoines " et se posent en rivaux du collège de Nantilly, qui a été érigé peu auparavant, en 1422. Saint-Nicolas possède aussi un modeste corps de chapelains.
 S'ils se chamaillent volontiers, ces communautés de clercs ont en commun d'être astreintes à des cérémonies interminables et exténuantes. Aussi, sous l'abattant des stalles, des miséricordes permettent aux chapelains de s'appuyer tout en paraissant debout.

Vertu, miséricorde de Saint-Pierre

 

 Les miséricordes de l'église Saint-Pierre ont été sculptées vers 1475. Parmi les plus pittoresques, cette Vertu se caractérise par le contraste entre un visage morose et les enroulements voluptueux de sa chevelure et de sa robe. A remarquer aussi le livre ouvert devant elle.

 

 

 

 

 

Saint-Pierre, miséricorde

 

 En prière également, ces amusants personnages pris en vue plongeante me semblent être des cardinaux.

 

 

 

 

Joueuse de cornemuse

 

 Cette joueuse de cornemuse rythme les mouvements d'un saltimbanque. Cette figuration est célèbre pour l'histoire de l'instrument.

 

 

 

Monstre

 


Plus courant est ce monstre à tête de mort, à corps de chien et à jambes humaines.


 

Choeur de Nantilly, angelot

 

 Les stalles de Nantilly offrent aussi d'amusantes miséricordes, comme cet angelot à l'air bougon, qui pourrait dater du XVIe siècle.
   

2) Trois paroisses autonomes

 Les paroissiens de Saint-Nicolas parviennent à ouvrir un premier cimetière, qui est bénit en 1466 ; il est situé auprès de la lanterne des morts qui a été édifiée à cette époque. Le prieur-curé de Saumur obtient du Parlement de Paris un arrêt de suppression en 1469 ; les corps enterrés non loin de la rue Saint-Nicolas devront être transférés dans les deux cimetières de Nantilly ( celui qui entoure l'église et le cimetière bas, entre les actuelles rues du Pressoir et de Nantilly ). Cet ordre choquant n'a pas été exécuté. Au contraire, en 1474, un nouveau cimetière est toléré, mais les cérémonies funéraires et les oblations afférentes se déroulement exclusivement à Nantilly.
 Les paroissiens grignotent ainsi des droits et, finalement, au XVIe siècle, il y a bien trois paroisses réelles à Saumur, chacune ayant ses fonts baptismaux, ses registres de catholicité, son cimetière, son vicaire desservant, ses revenus propres et son conseil de fabrique. Seul le curé reste unique.
 Désormais, les actes localisent les personnes avec davantage de précision, par exemple : « résidant paroisse de Saint-Nicolas ». Mais la structure territoriale de ces paroisses est peu cohérente. Nantilly a conservé le contrôle du quartier de Fenet et des Ardilliers. La paroisse de Saint-Pierre, réduite à quelques rues sur la rive gauche du fleuve, englobe toujours l'ensemble de l'île d'Offard.

   

3) Naissance d'une nouvelle paroisse

 Plus curieux encore : la paroisse de Saint-Florent du Château naît au XVIe siècle. L'enclos du Boile, dépendant directement du Château, était jadis très peu peuplé. A partir du XVe siècle, des maisons poussent à l'intérieur de l'enceinte, au bas de la montée du Fort ; un petit hameau existe aussi auprès du prieuré, à l'entrée de la basse cour du château.
 Une nouvelle paroisse naît alors, regroupant étrangement le Château, l'enclos du Boile et le terroir de Varrains. En 1522, elle a son curé, Jean Delommeau, et deux lieux de culte, la chapelle du prieuré du Château, dédiée à Saint Doucelin, et la chapelle des Menais, reconstruite en 1519, à l'entrée de Varrains ( A.D.M.L., H 2 741 ).
 Les affaires se compliquent avec les guerres de Religion, très violentes à Saumur. En 1574, le château se barricade ; le libre accès à la basse cour, et donc à l'église Saint-Doucelin, est interdit aux paroissiens, contraints d'aller dans la minuscule chapelle des Menais, qui ne peut en contenir que le quart.
 Duplessis-Mornay renforce la clôture de la basse cour par ses bastions et interdit lui aussi tout accès à la chapelle Saint-Doucelin. En 1607, l'église paroissiale est officiellement transférée à Varrains, où une nouvelle église plus spacieuse est bâtie ( Etat-civil de Varrains, GG 1 ). Résultat de cette situation : un bon nombre des habitants du Boile du Château assiste aux offices dans les autres églises de la ville et s'y fait enterrer, tout en appartenant à une autre paroisse, dont le siège est éloigné.
   

4) Un prieur-curé contesté 

 Après cette digression sur l'étrange structure paroissiale de Saumur, revenons à notre unique prieur-curé, qui doit se battre sur tous les fronts, y compris dans sa propre église, car il a failli perdre ses pouvoirs.
 Louis XI avait décidé d'ériger Nantilly en collégiale; c'est-à-dire en église gérée par un chapitre de chanoines ( voir la construction de la nef collatérale ). En 1470, il accorde à cette communauté le droit d'avoir un procureur et un sceau, ce qui renforce son autorité. Finalement, sans doute à cause de l'influence de l'abbé de Saint-Florent, le prieur parvient à faire annuler la décision et demeure le maître des lieux, fort de ses imposants revenus ( 1 354 livres en 1493 ).
 Cependant, son état de moine lui interdit d'exercer un ministère paroissial. La fonction réelle de curé, la cura animarum, est donc exercée par un subalterne, un recteur-vicaire perpétuel, qui est désigné par le chapitre de l'abbaye de Saint-Florent. Le prieur lui verse une portion congrue de 100 livres, ce qui est bien mince, mais les revenus provenant de l'administration des sacrements, le casuel, doivent être partagés entre eux.
 Cette direction bicéphale est éminemment conflictuelle. Les querelles permanentes prennent la dimension d'un scandale lors de la procession du Saint-Sacrement de 1492 ; le représentant du prieur et le représentant du recteur se bousculent en public ; quatre moines de Saint-Florent arrivent à la rescousse : les paroissiens, scandalisés, les accusent de dissimuler des braquemarts sous leur aube et ils doivent prouver qu'il n'en est rien...
 On le voit, les accusations portées par les partisans de la Réforme ne sont nullement exagérées.