L'architecture du XVIe siècle

 

1) Les maisons urbainesBaie du premier étage à gauche, avant restauration

3 bis, place Saint-Pierre Les Saumurois continuent à bâtir des maisons à l'ancienne, à pan de bois et en encorbellement ( si la rue est assez large ), surtout dans le coeur de la ville. Sur la place Saint-Pierre, au n° 3 bis, une haute maison de maître au hourdis en brique appartient incontestablement au XVIe siècle. Les grosses poutres verticales sont ornées par dix grandes figures gaînées : au-dessus du support émergent des bustes de géants empanachés, aux traits nettement renaissants. Au-dessous, d'humbles personnages, à la facture plus archaïque, assurent le pittoresque. Ceux qu'on découvre à droite cachent avec insistance leurs parties génitales. Je serais tenté d'y voir Adam et Eve, mais ils semblent habillés. Le personnage de droite pourrait bien uriner sur les passants...
 Cependant, la structure globale de cet habitat est encore toute médiévale.

 

 

 

 

 


 

Angle de la rue du Temple et de la rue Traversière, gravure sur bois de 1862 L'emploi des pierres de taille progresse à cette époque. Des familles notables de la ville édifient des demeures à l'allure de château fort, flanquées par des tourelles et rappelant la silhouette de l'hôtel de ville. Evidemment, à l'intérieur de la ville close, les tourelles n'ont aucune fonction de défense ; elles affichent surtout les prétentions seigneuriales de leur propriétaire.

 Le plus bel exemple en subsiste à l'angle de la rue du Temple et de la rue Traversière, gravure sur bois de 1862 ; dans son état du temps, il n'y a pas encore d'ouverture au rez-de-chaussée. Les baies du premier étage ont été remodelées au XVIIe siècle et un blason ajouté.

 Là encore, l'esprit et la structure s'inspirent du siècle précédent.

 

 

 

 


45, Grande-rue, maison dite de Duplessis-Mornay Quelques hôtels particuliers en tuffeau, desservis par un escalier à vis placé hors oeuvre, apparaissent comme plus novateurs et comme franchement renaissants : des ouvertures en oeil-de-boeuf, quelques arcades, des portes surmontées par un fronton classique, des lucarnes arborant des arcatures géminées en plein cintre témoignent de leur époque. Ces caractéristiques se retrouvent dans l'hôtel particulier ci-contre, 45 Grande-rue, portant la date de 1584 et considéré, à la suite d'un contresens, comme la maison de ville de Duplessis-Mornay.
 Cependant, cette maison a été retouchée au cours des siècles suivants, comme toutes ses semblables ( une dizaine, dispersées à l'intérieur de la ville close ). Saumur ne présente aucun hôtel Renaissance pleinement homogène.

 

 

 

 Cour intérieure du château de Boumois

2) La façade sur cour de Boumois

 

 Aux portes de Saumur, René de Thory remplace la motte féodale de Boumois située jusqu'alors sur les bords de la Loire. Dans les années 1520-1525 ( selon J.-Fr. Bascans et C. Cussonneau ), il construit un château dans l'esprit du XV ème, avec tours, tourelles et quelques mâchicoulis.
 Le corps de logis principal, dans sa partie gauche est décoré de baies à motifs floraux, comme on en faisait au temps du Roi René. Mais le nouveau goût italianisant vient d'apparaître à Azay-le-Rideau : la rangée de fenêtres de droite change de décor, on reconnaît en particulier les hautes colonnes torsadées de la cour intérieure de l'Hôtel de Ville de Saumur.


 

 

 

3) L'art nouveau dans les églises

 Non loin de Boumois, l'église de Saint-Lambert-des-Levées est reconstruite presqu'en entier au cours du XVIe siècle. Trop méconnu, ce monument original présente des recherches intéressantes et jette les derniers feux du gothique tardif. Seuls de rares indices rappellent qu'on est en pleine Renaissance. De même, ce qui subsiste de la chapelle primitive des Ardilliers (1534-1553) est d'un style pleinement flamboyant.
 En réalité, le style nouveau semble faire ses premières apparitions sur les tombeaux des abbés de Saint-Florent. Des fragments de bonne facture figurant une messe et un cortège funéraire ont été retrouvés au cours des fouilles.

Arcature de la chapelle renaissante

Saint-Pierre, portail de la chapelle Renaissance Dans l'église Saint-Pierre, une nouvelle chapelle est accolée au flanc nord de la nef, en l'année 1549. Son décor à caissons, sculpté d'un ciseau vigoureux, constitue un véritable répertoire des thèmes nouveaux.
 A gauche, le portail d'entrée. A droite, la grande arcature s'ouvrant sur la nef : dans le fourmillement décoratif apparaissent la première représentation des armes de la ville et, sur un cartouche, la date de cette brillante réalisation.


 A Dampierre, l'église reçoit d'importantes transformations. En particulier, le nouveau portail occidental reprend les canons de la Renaissance, recopiés avec application et une certaine froideur.

 Au total, le bilan de l'art renaissant apparaît à Saumur comme bien léger. On a peu construit en cette époque troublée. Le roi René, qui avait fait naître une pré-Renaissance dans sa chère Provence, n'a pas trouvé ici de continuateurs.