La Saint-Barthélemy   

  

 Sur le massacre de la Saint-Barthélemy à Saumur, nos renseignements se limitent à deux sources et à une douzaine de lignes, que l'étude du contexte permet d'éclairer.
   

1) L'ordre de Charles IX

 Le massacre ne résulte pas d'une explosion locale, mais d'un ordre très précis donné par le roi. Le gouverneur de l'Anjou, Puygaillard, alors à Paris, se voit commander d'organiser une Saint-Barthélemy à Saumur et à Angers. Son homme de confiance dans la province est Jean de Chambes, baron de Montsoreau, un catholique fanatique, chapitré par sa soeur, moniale à Fontevraud. Il s'était fait remarquer par son allant et par sa cruauté au cours des guerres précédentes et avait obtenu en récompense le gouvernement de Saumur.
 Le mardi 26 août 1572, Puygaillard lui envoie l'ordre suivant : « il fault que vous allez à Saulmur avec le plus de voz amys, et tout ce que vous y trouverez desdits huguenotz, des principaulx, les faire mourir... Ayant faict ceste exécution audit Saulmur, je vous prye de vous en aller à Angiers pour y fere de mesme » ( Arch. Mun. d'Angers, BB 33, fol. 102 ).
 Dès que le chevaucheur lui a remis le billet, Montsoreau applique l'ordre, le jeudi 28 à Saumur, donc quatre jours après Paris, et le 29 à Angers.
   

2) La Saint-Barthélemy à Angers

 Il nous faut inverser les événements, car son attitude à Angers, mieux connue, permet d'éclairer le récit saumurois.
 Jean de Chambes se rend dès l'aube au domicile des " principaux huguenots ", en particulier chez trois ministres, et, tueur froid et méthodique, il les exécute souvent de sa main, soit au couteau, soit au pistolet. La nouvelle de ces meurtres déclenche une émeute et, comme à Paris, débutent des scènes de fureur populaire.
 Cependant, Montsoreau a horreur du désordre ; aidé par les magistrats municipaux, il fait rapidement cesser le massacre et finalement, il sauve les simples fidèles, les femmes et les enfants, en les faisant enfermer au château. Seuls les chefs huguenots ont été abattus sommairement, mais la masse des réformés n'a pas été massacrée.
   

3) A Saumur, le 28

 Ce récit aide à comprendre ce qui s'est passé à Saumur, d'après la seule phrase qu'y consacre l'annaliste protestant Simon Goulart, reconnu comme bien informé :
 Montsoreau « entra dans Saumur, où, ayant tué de sa main le Lieutenant dudit Saumur et eschauffé les Catholiques, qui y massacrèrent plusieurs de la Religion, il vint en grande haste à Angiers » ( [ Simon GOULART ], Mémoires de l'Estat de France sous Charles Neufiesme, édition de 1578, t. 1, fol. 276 ). Le lieutenant abattu par Montsoreau est François Bourneau, le lieutenant général du Sénéchal d'Anjou, qui avait dirigé le pillage de Saint-Florent dix ans plus tôt, mais qui par la suite, s'était rapproché des catholiques. Son épouse, Marthe Foulon, et son frère Brandélis lui ont survécu.
 « Plusieurs » notables de la Religion ont été massacrés. Sans doute les autres organisateurs des scènes iconoclastes de 1562. Montsoreau, gouverneur de Saumur, connaît fort bien les chefs politiques et religieux des protestants locaux. Cependant, aucun autre nom ne nous est parvenu. Je ne donnerais pas cher de la survie des fermiers de l'abbaye, qui ont organisé le pillage. Deux familles disparaissent effectivement de Saumur, mais elles ont pu quitter la ville.
 Les bons historiens du temps n'apportent rien de plus ; De Thou est muet sur Saumur ; Agrippa d'Aubigné se contente de recopier Goulart ( Histoire universelle, t. 3, p. 344 ).

 Il faut donc s'en tenir aux données du martyrologe protestant, qui ne sépare pas Saumur d'Angers et qui pour ces deux villes cite 8 noms et avance un total de 26 victimes ( dont probablement une majorité à Angers ).

 Ecrivant un bon siècle plus tard, Ménage avance qu'on tua à Saumur « un très grand nombre » de huguenots, mais il ne dit pas d'où il tire ces faits, et je crois qu'un grand massacre aurait laissé davantage de traces...

 Impitoyable, Montsoreau continue de faire régner la terreur dans la région. L'église réformée de Saumur disparaît certainement. Charles IX finit par rappeler son gouverneur à l'ordre le 14 septembre : « je vous prie très expressément que vous ayez incontinant, non seullement à ne continuer, et faire cesser telles exactions et violences » ( Archives Historiques du Poitou, 1882, p. 312 ). Il est donc possible que Montsoreau ait commis d'autres meurtres dans les semaines suivant la Saint-Barthélemy.
   

4) Le comte de Montsoreau

 Finalement, Jean de Chambes est récompensé pour son application zélée des ordres royaux ; sa baronnie de Montsoreau est élevée au rang de comté. Mais il n'en bénéficie pas longtemps, puisqu'il est tué au combat en septembre 1575.