Lieutenant général, gouverneur et lieutenant de Roi  

   

 Qui détient le pouvoir éminent au nom du roi sur la ville et la sénéchaussée de Saumur à partir de la fin du Moyen Age ? La question est d'importance, et cependant, la réponse est fluctuante et sans cadres juridiques stables, comme dans la plupart des provinces.
   

1) Le premier sens de lieutenant général

 Depuis Jean Touschard, attesté en 1289 jusqu'à François Bourneau en 1544, le " lieutenant général du sénéchal d'Anjou " est le juge ordinaire placé à la tête de la sénéchaussée secondaire de Saumur ( le Sénéchal d'Anjou, haut personnage, se réserve pour les fonctions honorifiques et abandonne la justice à ses lieutenants généraux ).
 Le lieutenant général de la Sénéchaussée de Saumur y préside la justice au civil comme au criminel ; il examine en appel les sentences des prévôts et des juges seigneuriaux. Comme il n'y a pas de séparation entre justice et "administration", il exerce une surveillance sur les services financiers. Cependant, n'étant pas obligatoirement noble, il ne peut juger les nobles, qui ressortissent directement au sénéchal d'Anjou. Le clergé dispose d'officialités particulières. Les étrangers et les gens « sans feu ni lieu » relèvent des prévôts des maréchaux, la gendarmerie du temps. Finalement, la justice ordinaire ne concerne que les bourgeois et les "manants", les simples roturiers en résidence permanente.
 Malgré ces nombreuses limitations, le lieutenant général du Sénéchal d'Anjou est l'homme fort de la ville, car auprès de lui, le pouvoir militaire est pendant longtemps confié à un capitaine, simple chef de garnison.
   

2) Le sénéchal de Saumur

 Quand de 1544 à 1547, puis à partir de 1577, est créé l'office de sénéchal de Saumur, ce dernier devient indépendant du sénéchal d'Anjou. Il renforce son statut de potentat local, sauf précisément en matière de justice, car ses arrêts peuvent être modifiés en appel par le Présidial d'Angers et par le Parlement de Paris.
 Logiquement, l'ancien titre de lieutenant général devait alors disparaître, puisqu'il était remplacé par celui de sénéchal. Cependant Jean 1er Bonneau de La Maisonneuve le conserve dans un sens profondément modifié : lui et ses successeurs se désignent comme " lieutenant général pour le roi ", c'est-à-dire en mot à mot, " tenant lieu de roi dans tous les domaines sur Saumur et son ressort ".
 Le " sénéchal lieutenant général " ( écrit sans virgule de séparation ) convoque le ban et l'arrière-ban des sujets du souverain, ce qui prouve que son pouvoir s'étend au domaine militaire. Il se déclare en outre maire perpétuel de la ville et entend régenter les affaires municipales. Il continue de surveiller les administrations et les cours financières. Il contrôle les possessions ecclésiastiques et vérifie si le clergé remplit soigneusement les registres paroissiaux.

 Cet important personnage appartient habituellement à la noblesse de robe. Ayant en théorie beaucoup de travail, il se fait assister par un suppléant, le lieutenant particulier. Et comme toujours sous l'Ancien Régime, le titulaire empoche les émoluments et son lieutenant fait le travail. Le sénéchal est bientôt assisté par un lieutenant criminel, puis par un lieutenant de police.

 Ces extensions de compétences ne résultent pas de délégations accordées en haut lieu, mais d'empiétements successifs opérés pendant l'effondrement du pouvoir royal au temps des guerres civiles et sous les régences. Mais en même temps, ces périodes de troubles intérieurs remettent le pouvoir militaire au premier plan.
   

3) L'intervention des gouverneurs

 Le titre de gouverneur apparaît à Saumur à partir de 1547, au départ simple renforcement de la fonction de capitaine et encore confiné dans un cadre strictement militaire. Au cours des guerres de religion et au début du XVIIe siècle, les gouverneurs étendent leur champ d'intervention à tous les domaines.
 C'est vrai dans tout le royaume, mais plus qu'ailleurs à Saumur, qui devient capitale d'un gouvernement particulier le 24 mai 1589. Duplessis-Mornay cumule les titres de gouverneur et de lieutenant général ; ensuite, le maréchal de Maillé-Brézé se considère comme omnipotent. Tous deux sont les véritables maîtres de la ville et du Saumurois ; les sénéchaux se déclarent leurs humbles serviteurs.
   

4) Le lieutenant de Roi 

 Passé 1650, les gouverneurs de Saumur ne résident plus ; leurs fonctions, rognées par Louis XIV, sont devenues honorifiques et surtout lucratives. La réalité du pouvoir militaire local, reposant sur de faibles garnisons, est détenue par leur adjoint, le " lieutenant de Roi, commandant de la ville, château et ressort de Saumur ". Ce commandant, assisté par des capitaines et des lieutenants est un important personnage qui conserve la primauté dans le domaine strictement militaire : un arrêt du Conseil d'Etat du 9 décembre 1675 ( A.M.S., BB 1, fol. 116 ) précise que lors des Te Deum officiels, il occupe la première place, avant Messieurs de la Sénéchaussée. Dans les autres cérémonies, dans les séances judiciaires, dans les assemblée municipales, dans les processions, c'est le sénéchal lieutenant général qui a la préséance.
 En réalité, le commandant comme le sénéchal ne disposent plus que de parcelles du pouvoir.
   

5) Au XVIIIe siècle, l'intendant de Tours et son subdélégué

 Les décisions, même les plus infimes, sont progressivement prises par l'intendant de Tours, qui intervient constamment, en termes courtois, mais fermes, et qui est en permanence informé par son subdélégué, son agent local, à la fois discret et très influent.