Duplessis-Mornay, par Léonard Gaultier, publié en 1611 dans " Le Mystère d'Iniquité"

 

Portrait de Duplessis-Mornay   

 

 

 

 Dix portraits d'époque sont censés représenter Duplessis-Mornay à différentes périodes de sa vie. Il faut bien reconnaître que les traits diffèrent sensiblement selon les artistes.

 La plus célèbre représentation ( à gauche ) émane de Léonard Gaultier, le portraitiste de tous les grands personnages de son temps. Préparé par un dessin de 1607, cette gravure exécutée d'un burin énergique est publiée en 1611, dans " Le Mystère d'Iniquité", quand Duplessis-Mornay est dans sa 62 ème année.

 On ne saurait garantir l'exactitude des traits, car l'artiste donne à tous ses modèles un certain air de famille.

 

 

  

1) Un humaniste de la Renaissance

 Duplessis-Mornay nous est bien mieux connu par ses écrits. Ceux-ci révèlent d'abord l'étendue de son savoir et de sa culture. Il a pratiquement suivi le programme d'études proposé par Gargantua pour Pantagruel. Il parle et il écrit le latin classique, comme s'il s'agissait de sa langue maternelle ; il maîtrise le grec et l'hébreu. Il manie avec aisance l'allemand et il se fait comprendre en néerlandais, en anglais et en italien.

 Il semble connaître la Bible par coeur ; ses écrits révèlent un vaste savoir historique et géographique, tourné d'abord vers l'Antiquité, mais il connaît aussi fort bien l'Europe de son temps, qu'il a visitée, et il entretient une correspondance suivie avec d'importants personnages des pays voisins. Son intérêt se porte aussi sur l'ensemble du Bassin méditerranéen et il se lance parfois dans des considérations de stratégie mondiale, s'intéressant aux diverses tentatives d'implantations françaises sur les côtes américaines et invitant en 1584 le roi Henri III à s'emparer des riches îles Moluques ( actuellement en Indonésie ), afin de contrecarrer la puissance maritime des Espagnols.
   

2) Un orateur latin

 Quand il rédige des traités ou des proclamations en français, Mornay démarque le style des orateurs latins : longues périodes au balancement savant, formules abstraites, rythmes ternaires. Il ne sait guère faire court, mais il se révèle un habile propagandiste, faisant à l'occasion circuler des déclarations imaginaires et construisant une image séduisante d'Henri de Navarre.
 Sa correspondance, en général dictée, est plus naturelle, et parfois alerte. Cependant, sa langue demeure archaïque. Ses échanges épistolaires avec Henri IV mettent en évidence le contraste avec les formules primesautières et imagées du prince méridional.
  

3) Un grand seigneur

 De moeurs austères, Duplessis-Mornay s'habille de couleurs sombres et certains portraits le représentent portant autour du cou une fraise qui était depuis longtemps passée de mode. Il n'avoue qu'un seul péché de gourmandise, son goût pour les melons, qu'il cultive dans les jardins du château.
 Cependant, il estime qu'un lieutenant général du roi doit mener grand train de vie, doit recevoir princièrement ses hôtes et s'entourer d'une sorte de cour. Il réunit autour de lui sa nombreuse famille et des personnes apparentées ; deux secrétaires en permanence, parfois trois ; des conseillers qui font des apparitions intermittentes et qu'il envoie en mission ; parmi eux, le pasteur Jean Daillé, qui est son expert en théologie, le précepteur de ses petits-enfants et, à l'occasion, son documentaliste et son secrétaire ; un notaire qui gère ses finances particulièrement embrouillées ; quelques domestiques, des cuisiniers et le jardinier du château.
 Outre ses adjoints militaires, le gouverneur est accompagné par un écuyer ; par quelques pages, dont les frères Ibora et Atoupa, deux jeunes amérindiens toupinambous, ramenés du nord du Brésil par Daniel de La Touche, sieur de La Ravardière, et qui, d'après son premier testament, sont libres de retourner au-delà des mers ( Ibora devait servir d'interprète dans une éventuelle expédition vers le Nouveau Monde, selon Didier Poton, op. cit., p. 114 ) ; par un capitaine des gardes, Mathieu Georges, dit La Roche, assisté par un sergent et quelques cerbères, qui l'encadrent en permanence dès qu'il sort du château ( il se rend au temple en passant par le chemin de ronde couronnant les remparts ; en ce siècle d'assassins, il a de bonnes raisons d'être circonspect, car on connaît au moins quatre attentats dirigés contre sa personne, ainsi qu'une probable tentative d'empoisonnement ).


Armes de Philippe de Mornay, seigneur du Plessis, B.M.S., S-XVII-I/1 Duplessis-Mornay s'attache aussi, au moins pendant un temps, les services d'un peintre particulier, Rodolphe Anspach, qui exécute des portraits de personnages célèbres et qui dirige la décoration de la galerie du château.

 Même s'il ne se fait pas appeler " Monsieur du Plessis ", le gouverneur de Saumur est fier d'appartenir à une famille de la noblesse, ordre qu'il entend maintenir au premier plan - à la place du clergé. Il fait timbrer de ses armes de nombreux registres et surtout ses ouvrages. Pour ceux que le galimatias de l'héraldique intéresse, ses armoiries sont « fascelées d'argent et de gueules de huit pièces, au lion morne de sable, couronné d'or, brochant sur le tout ».
 Ci-contre, armes portées sur le plat de son ouvrage " De l'institution ... de l'Eucaristie ", publié chez Thomas Portau en 1604 ( B.M.S., S-XVII-I/1 ).

 Sa devise exprime bien mieux sa mentalité : « arte et marte - par le talent et par le combat ».
  

4) Un fort sentiment d'appartenance nationale

 Quelques historiens réputés continuent d'affirmer que les Français ne se sont constitués en nation qu'au XIXe siècle, avec les chemins de fer, l'école et la guerre 14-18. Au contraire, la réconciliation nationale réussie par Henri IV témoigne des progrès de l'unification du pays. Duplessis-Mornay a été tenté d'émigrer au Canada, il s'est vu offrir des fonctions importantes en Hollande et en Angleterre, il reste au service de ses rois successifs, non par un attachement vassalique de type médiéval, mais en se référant constamment à une conscience nationale.
 C'est le thème qu'il met en avant dans les proclamations qu'il rédige au nom d'Henri de Navarre. Après l'assassinat du roi, il s'adresse ainsi le 19 mai 1610 à l'Assemblée générale des habitants de Saumur : « Qu'on ne parle plus entre nous de huguenot ni de papiste ; ces mots sont deffendus par nos édicts... Quand il n'y auroit point d'édict au monde, si nous sommes François, si nous aimons nostre patrie, ...ils doibvent désormais estre effacés en nos âmes... Qui sera bon François me sera citoyen, me sera frère... ».
   

5) Le pape des Huguenots

 Protestant convaincu et militant, le gouverneur de Saumur devient le maître à penser des Huguenots français. Pour autant, peut-il être classé au rang des théologiens ? A cette époque, de vives discussions opposaient les adhérents de la Réforme, les partisans de Gomar insistaient sur la prédestination absolue, les partisans d'Arminius insistaient sur la liberté de l'homme. Duplessis demande à Gomar de venir enseigner à l'Académie de Saumur, mais la majorité des enseignants qu'il y installe sont arminiens. Il n'entre donc pas dans ces débats et ne développe pas d'argumentation personnelle. On peut donc difficilement le considérer comme un théologien, mais plutôt comme un prosélyte, un vulgarisateur qui diffuse inlassablement les grands thèmes communs à tous les réformés.
   

6) Un controversiste

 Il croit en la puissance de l'écrit, il est convaincu que des raisonnements solidement charpentés vont entraîner l'adhésion de tous les lecteurs, et pas seulement des lecteurs convaincus d'avance.
 Par exemple, il publie en 1607 un Advertissement aux Juifs sur la venue du Messie, en 232 pages. Il s'est fortement documenté, se référant à Maïmonide, au Zohar, produisant de nombreuses citations en hébreu et parfois même en yiddish... Cette ardeur de convaincre, cette croyance en la force de la raison témoigne d'une candeur touchante.
 Vis à vis des catholiques, il croit possible une réunification religieuse qui sortirait d'une discussion loyale. Il se montre constamment favorable à la réunion d'un concile national, qui jetterait les bases d'une église gallicane ( il accepterait d'importantes concessions, à la condition que cette église soit indépendante de Rome ).

 La controverse publique, exercice à la mode en ce temps, il va la pratiquer dans des condition défavorables. En 1598, il avait publié son Traité de l'Eucharistie, qui est probablement son ouvrage le plus savant et qui s'appuie sur un appareil critique d'environ 5 000 références, à la fois historiques et théologiques. Cette attaque contre la messe catholique provoque de multiples répliques : un capucin, le Père Sylvestre de Laval, vient à Saumur prêcher contre l'ouvrage ; Jacques du Perron, évêque d'Evreux et fils de pasteur, affirme y avoir relevé cinq cents énormes faussetés.  Duplessis-Mornay accepte une confrontation avec l'évêque, mais celle-ci se déroule à Fontainebleau, en mai 1600, devant un public hostile, sous la direction de six arbitres, quatre catholiques et deux protestants. Finalement, neuf passages seulement sont examinés et deux erreurs d'interprétation retenues. Ces minces résultats suffisent au parti catholique pour crier victoire et faire chanter un Te Deum. Dans cette affaire, Henri IV a manqué de loyauté et a consciemment sacrifié son vieil ami.
 De multiples ouvrages évoquent cette controverse, parfois sous une forme allusive. Ainsi, le capitaine Bruneau, sieur de Rivedoux, dédie à son ancien commandant, Duplessis-Mornay, son Histoire véritable de certains voïages perilleux et hazardeux sur la mer..., publiée chez Thomas Portau, encore installé à Niort. Ce récit d'aventures maritimes présente sous une forme allégorique les combats que livre le gouverneur de Saumur ( Alain-Gilbert GUEGUEN, « Duplessis-Mornay et l'Histoire véritable », Bull. de la Soc. de l'Histoire du Protestantisme français, av.-juin 1990, p. 209-218 ). Tout récemment, en 2007, Natacha Salliot a soutenu une thèse de littérature française sur " Philippe Duplessis-Mornay. La rhétorique dans la théologie ", éditée chez Garnier en 2009.
   

7) La polémique, mais pas la guerre 

 Duplessis-Mornay évite désormais ces joutes stériles, mais il rédige des traités au ton de plus en plus vif. En 1611, il publie à Saumur Le Mystère d'Iniquité, où sur 644 pages in-folio, il dénonce l'évolution de la Papauté pour conclure que le pape est l'Antéchrist. Le livre est condamné par la Sorbonne et suscite des polémiques à rebondissements, ainsi que des arrestations de libraires. Duplessis-Mornay n'a nullement tenu compte d'un contexte politique qui déconseillait cette publication.
 Telle est sa position invariable en matière de religion : il est pour le libre débat, même vif, mais il est contre la guerre et contre la contrainte. Il affirmait déjà en 1578 : « la religion veult estre preschée et non forcée, l'idolâtrie combattue par la parole de Dieu, et non abbattue par les marteaux des hommes ». Constamment, il a déconseillé aux protestants les prises d'armes, affirmant qu'une paix tolérable vaut mieux qu'une guerre, si avantageuse soit-elle.

 A l'époque où Henri de Navarre, encore huguenot, remportait des succès militaires le rapprochant du trône, Mornay rédigeait en son nom la célèbre Lettre aux trois états de ce royaume, où il promettait aux catholiques la liberté de conscience et des garanties protégeant les minorités. C'est ce qu'il exige et obtient à son tour pour les protestants au cours des négociations préparant l'Edit de Nantes.
 Admirateur de Michel de l'Hospital et admiré par Turenne, Duplessis-Mornay s'oppose à toute contrainte en matière de religion. Dans sa politique nationale et compte tenu du climat de l'époque, il mérite d'être classé dans le petit groupe des partisans de la tolérance.
 En est-il de même à Saumur, où, selon les dires du mémorialiste ligueur Jean Louvet, le gouverneur aurait abusé de ses pouvoirs ?
    

8) Le persécuteur des catholiques saumurois ? 

 Quatre faits significatifs ont été reprochés à Duplessis et ont donné lieu à des débats. En voici l'analyse :

1°- En juillet 1596, le curé de Saint-Maurille des Ponts-de-Cé conduit ses ouailles en pèlerinage aux Ardilliers, en passant par la levée de la rive droite. A l'entrée de la ville, au poste de la bastille, les soldats aux ordres de Duplessis-Mornay ordonnent que la bannière soit pliée et la croix cachée. Les pèlerins vont finalement traverser la Loire au port de Villebernier pour débarquer aux Ardilliers ( A.D.M.L., Inventaire sommaire de la Série E, t. 2, 1885, p. 282 ).
 En cette affaire, l'attitude du gouverneur est parfaitement logique ; à cette époque où les guerres religieuses restent menaçantes ( beaucoup pensaient que l'Edit de Nantes en cours de négociation ne serait qu'une trêve passagère ), toute manifestation triomphaliste de l'un ou l'autre camp devait être proscrite, notamment celle-ci, qui avait l'allure d'une procession de la Ligue.

2°- Lors du prêche du 13 janvier 1602, un jeune homme inconnu a un comportement bizarre qui attire l'attention des gardes du corps de Duplessis : entré dans le temple, il s'approche du siège du gouverneur, puis il attend ce dernier devant sa sortie habituelle sur la montée de l'Echelle, sur le rempart. Or, la famille Mornay est particulièrement vigilante depuis le récent attentat de Saint Phalle. Le jeune homme est finalement arrêté, ainsi qu'un camarade. Ils avouent facilement qu'un religieux disant appartenir à l'ordre des Frères de Saint-Paul l'Hermite ( les Barnabites ), Anastasio de Vera, les a soudoyés pour attenter à la vie du gouverneur. Le moine est condamné à être pendu et étranglé sur le carrefour des Bilanges pour crime d'assassinat, mais aussi de sodomie, pratique qu'il présentait aux jeunes gens comme « ordinaire, mesme à Rome entre les cardinaux ». Ensuite, sa tête a pourri pendant de longs mois, accrochée au-dessus de la porte du Bourg, puis de la porte de la Tonnelle, « son corps bruslé et les cendres jettées au vent ». Les jeunes gens sont fustigés de verges, l'un d'eux condamné aux galères perpétuelles, l'autre banni à vie. Telle est la justice expéditive de l'époque, surtout la justice prévôtale, qui réprime le vagabondage, et la torture aidant. Madame de Mornay ( Mémoires de Madame de Mornay, t. 2, 1869, p. 17 ) regrette même que la question préalable n'ait pas été appliquée au moine, car, selon elle, les juges redouteraient de découvrir des inspirateurs plus lointains de cette entreprise.
 En cette affaire, on ne peut guère accuser Duplessis-Mornay de machination ( il n'avait d'abord pas cru à l'attentat ). D'après les deux pièces de procédure qui nous sont parvenues, le tribunal de la Sénéchaussée comprenait huit catholiques et deux protestants ; l'affaire a été instruite par le prévôt des maréchaux protestant et par deux ardents catholiques ( Auguis, t. IX, p. 474-483 ). Seul un point juridique mériterait examen : l'officialité d'Angers avait demandé qu'on lui remette deux des accusés, qualifiés de " pauvres religieux " et relevant donc d'un tribunal ecclésiastique. Cependant, si ces moines étaient gyrovagues, c'est-à-dire détachés de tout lien avec un couvent, dépendaient-ils encore d'une juridiction spéciale ? Or, le moine de Vera ne porte pas de tonsure et reconnaît qu'il n'a reçu aucun ordre ( Médiathèque de Nantes, Dugast-Matifeux, n° 86 ). Un siècle plus tard, François Bernard de Haumont affirme que les condamnés étaient innocents, mais, nouveau converti récompensé par une pension de 1 200 livres, il donne dans le zèle antihuguenot.

3°- Duplessis-Mornay cherche à limiter l'installation des nouveaux ordres religieux ( cf. Chapitre 11 ). Il parvient à empêcher la venue de prédicateurs jésuites, ces « assassins ordinaires des princes », selon sa formule. Mais c'est son seul succès ; fortement aidées par l'autorité royale, par l'abbesse de Fontevraud et par l'assemblée des habitants, de nombreuses implantations nouvelles ont lieu. Le gouverneur est particulièrement furieux contre la venue des Oratoriens et des Ursulines, qui s'occupent d'éduquer la jeunesse.

4°- Comme ses coreligionnaires, Mornay est fort hostile au pèlerinage de Notre-Dame des Ardilliers, que son épouse surnommait " la teigneuse ", car on lui attribuait le pouvoir de guérir la maladie évoquée. Dans les miracles qu'on proclame à grand bruit, il voit, à juste titre, une machine de guerre contre la religion réformée et, comme Agrippa d'Aubigné, il soupçonne de grossiers trucages.
 En tout cas, en 1594, il fait arrêter et interroger Laurent François, qui se proclame miraculeusement guéri d'un mal aux genoux. Mais ce dernier est au service d'un maître influent, Parabère, le gouverneur ( protestant ) de Niort, qui obtient sa libération ( A.M.S., III A 3 S ). L'affaire n'est pas bien claire, mais je constate finalement que Laurent François ne figure pas dans les listes officielles de miraculés. Ce type d'intervention permet aux polémistes catholiques de reprocher au gouverneur d'exercer « toutes sortes de cruautez impunement contre les pauvres Catholiques ». Avec une évidente exagération et en oubliant leurs procédés, dont le plus voyant est en 1615 la consécration de la ville à la Vierge des Ardilliers, acte municipal qui constitue une provocation à l'égard du gouverneur ( voir : Les Ardilliers, pèlerinage antiprotestant ).

 Au total, Duplessis-Mornay tient la ville d'une poigne un peu rude, mais c'est sans doute nécessaire pour éviter l'explosion de passions promptes à renaître ( comme on le verra en 1621 ). Il ne mérite nullement les attaques fielleuses dont il est la cible. Pendant vingt ans, il a maintenu une coexistence pacifique - les plus pessimistes diront " une guerre froide ", pour reprendre la formule de Richelieu - entre les deux confessions locales concurrentes.
    

9) Un moraliste intransigeant

 Mornay est probablement plus tatillon pour son camp que pour les catholiques. Volontiers sermonneur sur le fait de la morale, il s'érige en mentor d'Henri de Navarre ( qui n'est que de quatre ans son cadet ). En 1583, il lui propose un règlement de vie qui le transformerait en un modèle de prince chrétien :
 « Le roi de Navarre pourrait être habillé à huit heures au plus tard et aussitôt commander au ministre réformé de s'y trouver pour faire la prière... » ( Abel LEFRANC, La vie quotidienne au temps de la Renaissance, 1938, p. 32-33 ). La journée se termine par une autre prière. Lourde tâche que d'imposer au " Vert Galant " ce programme de vie monacale !
 Mornay revient à la charge l'année suivante : « Pardonnés encore ung mot à vos fidèles serviteurs, sire. Ces amours si découverts, et aulxquels vous donnés tant de temps, ne semblent plus de saison ». La belle Corisande ( qui est catholique ) est ici visée.

 On le voit, Duplessis-Mornay n'est pas un conseiller servile, il n'écrit des lettres de courtisan que lorsqu'il s'agit d'obtenir des places pour son fils ou pour ses gendres. Autrement, quel que soit le rang de son correspondant, son ton est ferme et totalement imperméable à l'humour. Il dénonce en termes vifs les nobles de son camp qui sont prêts à prendre les armes pour des motifs futiles ou prêts à changer de confession pour des places lucratives. Par exemple, l'un d'eux vient de publier un ouvrage d'inspiration catholique, il lui assène dans une lettre : « J'ay leu vostre livre et non sans horreur d'un changement si monstrueux, mais certes avec encore plus de pitié de la misère de l'homme, de la vostre particulière, de laquelle je ne peus esteindre mon sentiment, tandis que je me veux persuader qu'il vous en reste... » Et il signe : « Celuy qui vous a honoré, et aime plus vostre salut que vous memes » ( B.N.F., coll. Dupuy, 349, fol. 44 ).

 Il ne compte pas que des amis au sein du parti protestant. A Sully, il reproche son carriérisme ; les deux vieux chefs - et rivaux - se détestent. Agrippa d'Aubigné ne l'apprécie guère et l'égratigne parfois au passage.
 Au début du XVIIe siècle, Duplessis-Mornay, figé dans une attitude rigide, fait figure d'homme d'un autre temps.