1) Un humaniste de la Renaissance
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Duplessis-Mornay nous est bien mieux connu par ses
écrits. Ceux-ci révèlent d'abord l'étendue
de son savoir et de sa culture. Il a pratiquement suivi le programme
d'études proposé par Gargantua pour Pantagruel.
Il parle et il écrit le latin classique, comme s'il s'agissait
de sa langue maternelle ; il maîtrise le grec et l'hébreu.
Il manie avec aisance l'allemand et il se fait comprendre en
néerlandais, en anglais et en italien.
Il semble connaître la Bible par coeur ; ses
écrits révèlent un vaste savoir historique
et géographique, tourné d'abord vers l'Antiquité,
mais il connaît aussi fort bien l'Europe de son temps,
qu'il a visitée, et il entretient une correspondance suivie
avec d'importants personnages des pays voisins. Son intérêt
se porte aussi sur l'ensemble du Bassin méditerranéen
et il se lance parfois dans des considérations de stratégie
mondiale, s'intéressant aux diverses tentatives d'implantations
françaises sur les côtes américaines et invitant
en 1584 le roi Henri III à s'emparer des riches îles
Moluques ( actuellement en Indonésie ), afin de contrecarrer
la puissance maritime des Espagnols.
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2) Un orateur latin
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Quand il rédige des traités ou des proclamations
en français, Mornay démarque le style des orateurs
latins : longues périodes au balancement savant, formules
abstraites, rythmes ternaires. Il ne sait guère faire
court, mais il se révèle un habile propagandiste,
faisant à l'occasion circuler des déclarations
imaginaires et construisant une image séduisante d'Henri
de Navarre.
Sa correspondance, en général dictée,
est plus naturelle, et parfois alerte. Cependant sa langue demeure
archaïque. Ses échanges épistolaires avec
Henri IV mettent en évidence le contraste avec les formules
primesautières et imagées du prince méridional.
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3) Un grand seigneur
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De moeurs austères, Duplessis-Mornay s'habille
de couleurs sombres et certains portraits le représentent
portant autour du cou une fraise qui était depuis longtemps
passée de mode. Il n'avoue qu'un seul péché
de gourmandise, son goût pour les melons, qu'il cultive
dans les jardins du château.
Cependant, il estime qu'un lieutenant général
du roi doit mener grand train de vie, doit recevoir princièrement
ses hôtes et s'entourer d'une sorte de cour. Il réunit
autour de lui sa nombreuse famille et des personnes apparentées ;
deux secrétaires en permanence, parfois trois ; des conseillers
qui font des apparitions intermittentes et qu'il envoie en mission ;
parmi eux, le pasteur Jean Daillé, qui est son expert
en théologie, le précepteur de ses petits-enfants
et, à l'occasion, son documentaliste et son secrétaire
; un notaire qui gère ses finances particulièrement
embrouillées ; quelques domestiques, des cuisiniers et
le jardinier du château.
Outre ses adjoints militaires, le gouverneur est accompagné
par un écuyer ; par quelques pages, dont les frères
Ibora et Atoupa, deux jeunes amérindiens toupinambous,
ramenés du nord du Brésil par Daniel de La Touche,
sieur de La Ravardière, et qui, d'après son premier
testament, sont libres de retourner au-delà des mers ( Ibora
devait servir d'interprète dans une éventuelle
expédition vers le Nouveau Monde, selon Didier Poton,
op. cit., p. 114 ) ; par un capitaine des gardes,
Mathieu Georges, dit La Roche, assisté par un sergent
et quelques cerbères, qui l'encadrent en permanence dès
qu'il sort du château ( il se rend au temple en passant
par le chemin de ronde couronnant les remparts ; en ce siècle
d'assassins, il a de bonnes raisons d'être circonspect,
car on connaît au moins quatre attentats dirigés
contre sa personne, ainsi qu'une probable tentative d'empoisonnement ).
Duplessis-Mornay s'attache aussi, au moins pendant un temps,
les services d'un peintre particulier, Rodolphe Anspach, qui
exécute des portraits de personnages célèbres
et qui dirige la décoration de la galerie du château.
Même s'il ne se fait pas appeler " Monsieur
du Plessis ", le gouverneur de Saumur est fier d'appartenir
à une famille de la noblesse, ordre qu'il entend maintenir
au premier plan - à la place du clergé.
Il fait timbrer de ses armes de nombreux registres et surtout
ses ouvrages. Pour ceux que le charabia de l'héraldique
intéresse, ses armoiries sont « fascelées
d'argent et de gueules de huit pièces, au lion morne de
sable, couronné d'or, brochant sur le tout ».
Ci-contre, armes portées sur le plat de son ouvrage " De
l'institution ... de l'Eucaristie ", publié
chez Thomas Portau en 1604.
Sa devise exprime bien mieux sa mentalité :
« arte et marte - par le talent et par le combat ».
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4) Un fort sentiment d'appartenance nationale
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Quelques historiens réputés continuent
d'affirmer que les Français ne se sont constitués
en nation qu'au XIXe siècle, avec les chemins de fer,
l'école et la guerre 14-18. Au contraire, la réconciliation
nationale réussie par Henri IV témoigne des progrès
de l'unification du pays. Duplessis-Mornay a été
tenté d'émigrer au Canada, il s'est vu offrir des
fonctions importantes en Hollande et en Angleterre, il reste
au service de ses rois successifs, non par un attachement vassalique
de type médiéval, mais en se référant
constamment à une conscience nationale.
C'est le thème qu'il met en avant dans les proclamations
qu'il rédige au nom d'Henri de Navarre. Après l'assassinat
du roi, il s'adresse ainsi le 19 mai 1610 à l'Assemblée
générale des habitants de Saumur : « Qu'on
ne parle plus entre nous de huguenot ni de papiste ; ces mots
sont deffendus par nos édicts... Quand il n'y auroit point
d'édict au monde, si nous sommes François, si nous
aimons nostre patrie, ...ils doibvent désormais estre
effacés en nos âmes... Qui sera bon François
me sera citoyen, me sera frère... ».
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5) Le pape des Huguenots
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Protestant convaincu et militant, le gouverneur de
Saumur devient le maître à penser des Huguenots
français. Pour autant, peut-il être classé
au rang des théologiens ? A cette époque,
de vives discussions opposaient les adhérents de la Réforme,
les partisans de Gomar insistaient sur la prédestination
absolue, les partisans d'Arminius insistaient sur la liberté
de l'homme. Duplessis demande à Gomar de venir enseigner
à l'Académie de Saumur, mais la majorité
des enseignants qu'il y installe sont arminiens. Il n'entre donc
pas dans ces débats et ne développe pas d'argumentation
personnelle. On peut donc difficilement le considérer
comme un théologien, mais plutôt comme un prosélyte,
un vulgarisateur qui diffuse inlassablement les grands thèmes
communs à tous les réformés.
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6) Un controversiste
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Il croit en la puissance de l'écrit, il est
convaincu que des raisonnements solidement charpentés
vont entraîner l'adhésion de tous les lecteurs,
et pas seulement des lecteurs convaincus d'avance.
Par exemple, il publie en 1607 un Advertissement aux
Juifs sur la venue du Messie, en 232 pages. Il s'est fortement
documenté, se référant à Maïmonide,
au Zohar, produisant de nombreuses citations en hébreu
et parfois même en yiddish... Cette ardeur de convaincre,
cette croyance en la force de la raison témoigne d'une
candeur touchante.
Vis à vis des catholiques, il croit possible une
réunification religieuse qui sortirait d'une discussion
loyale. Il se montre constamment favorable à la réunion
d'un concile national, qui jetterait les bases d'une église
gallicane ( il accepterait d'importantes concessions, à
la condition qu'elle soit indépendante de Rome ).
La controverse publique, exercice à la mode
en ce temps, il va la pratiquer dans des condition défavorables.
En 1598, il avait publié son Traité de l'Eucharistie,
qui est probablement son ouvrage le plus savant et qui s'appuie
sur un appareil critique d'environ 5000 références,
à la fois historiques et théologiques. Cette attaque
contre la messe catholique provoque de multiples répliques :
un capucin, le Père Sylvestre de Laval, vient à
Saumur prêcher contre l'ouvrage ; Jacques du Perron,
évêque d'Evreux et fils de pasteur, affirme y avoir
relevé cinq cents énormes faussetés. Duplessis-Mornay
accepte une confrontation avec l'évêque, mais celle-ci
se déroule à Fontainebleau, en mai 1600, devant
un public hostile, sous la direction de six arbitres, quatre
catholiques et deux protestants. Finalement, neuf passages seulement
sont examinés et deux erreurs d'interprétation
retenues. Ces minces résultats suffisent au parti catholique
pour crier victoire et faire chanter un Te Deum. Dans
cette affaire, Henri IV a manqué de loyauté et
a consciemment sacrifié son vieil ami.
De multiples ouvrages évoquent cette controverse, parfois
sous une forme allusive. Ainsi, le capitaine Bruneau, sieur de
Rivedoux, dédie à son ancien commandant, Duplessis-Mornay,
son Histoire véritable de certains voïages perilleux
et hazardeux sur la mer..., publiée chez Thomas Portau,
encore installé à Niort. Ce récit d'aventures
maritimes présente sous une forme allégorique les
combats que livre le gouverneur de Saumur ( Alain-Gilbert
GUEGUEN, « Duplessis-Mornay et l'Histoire véritable »,
Bull. de la Soc. de l'Histoire du Protestantisme français,
av.-juin 1990, p. 209-218 ).
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7) La polémique, mais pas la guerre
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Duplessis-Mornay évite désormais ces
joutes stériles, mais il rédige des traités
au ton de plus en plus vif. En 1611, il publie à Saumur
Le Mystère d'Iniquité, où sur 644
pages in-folio, il dénonce l'évolution de la Papauté
pour conclure que le pape est l'Antéchrist. Le livre est
condamné par la Sorbonne et suscite des polémiques
à rebondissements, ainsi que des arrestations de libraires.
Duplessis-Mornay n'a nullement tenu compte d'un contexte politique
qui déconseillait cette publication.
Telle est sa position invariable en matière de religion
: il est pour le libre débat, même vif, mais il
est contre la guerre et contre la contrainte. Il affirmait déjà
en 1578 : « la religion veult estre preschée
et non forcée, l'idolâtrie combattue par la parole
de Dieu, et non abbattue par les marteaux des hommes ».
Constamment, il a déconseillé aux protestants les
prises d'armes, affirmant qu'une paix tolérable vaut mieux
qu'une guerre, si avantageuse soit-elle.
A l'époque où Henri de Navarre, encore
huguenot, remportait des succès militaires le rapprochant
du trône, Mornay rédigeait en son nom la célèbre
Lettre aux trois états de ce royaume, où
il promettait aux catholiques la liberté de conscience
et des garanties protégeant les minorités. C'est
ce qu'il exige et obtient à son tour pour les protestants
au cours des négociations préparant l'Edit de Nantes.
Admirateur de Michel de l'Hospital et admiré par
Turenne, Duplessis-Mornay s'oppose à toute contrainte
en matière de religion. Dans sa politique nationale et
compte tenu du climat de l'époque, il mérite d'être
classé dans le petit groupe des partisans de la tolérance.
En est-il de même à Saumur, où, selon
les dires du ligueur Jean Louvet, le gouverneur aurait abusé
de ses pouvoirs ?
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8) Le persécuteur des catholiques saumurois ?
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Plusieurs faits ont été
reprochés à Duplessis et ont donné lieu
à des débats :
1°- En juillet 1596, le curé de Saint-Maurille
des Ponts-de-Cé conduit ses ouailles en pèlerinage
aux Ardilliers, en passant par la levée. A l'entrée
de la ville, au poste de la bastille, les soldats aux ordres
de Duplessis-Mornay ordonnent que la bannière soit pliée
et la croix cachée. Les pèlerins vont finalement
traverser la Loire au port de Villebernier ( A.D.M.L., Inventaire
sommaire de la Série E, t. 2, 1885, p. 282 ).
En cette affaire, l'attitude du gouverneur est parfaitement
logique ; en cette période où les guerres religieuses
restent menaçantes ( beaucoup pensaient que l'Edit de
Nantes en cours de négociation ne serait qu'une trêve
passagère ), toute manifestation triomphaliste de
l'un ou l'autre camp devait être proscrite, notamment celle-ci,
qui avait l'allure d'une procession de la Ligue.
2°- Lors du prêche du 13 janvier 1602, deux jeunes
gens inconnus attirent l'attention des gardes du corps de Duplessis.
Arrêtés, ils affirment qu'un religieux de l'ordre
des Barnabites, Anastase de Vera, les a soudoyés pour
attenter à la vie du gouverneur. Le moine est condamné
à être pendu et étranglé sur la place
de la Bilange pour crime d'assassinat, mais aussi de sodomie,
pratique qu'il présentait aux jeunes gens comme « ordinaire,
mesme à Rome entre les cardinaux ». Ensuite, sa
tête a pourri pendant de longs mois, accrochée au-dessus
de la porte du Bourg... Un jeune homme est condamné aux
galères perpétuelles, l'autre banni à vie.
Telle est la justice expéditive du temps. Madame de Mornay
( Mémoires de Madame de Mornay, t. 2,
1869, p. 17 ) regrette même que la question préalable
n'ait pas été appliquée au moine, car, selon
elle, les juges redoutent de découvrir des inspirateurs
lointains de cette entreprise.
En cette affaire, on ne peut guère accuser Duplessis-Mornay
de machination ( il n'avait d'abord pas cru à l'attentat
). D'après les deux pièces de procédure
qui nous sont parvenues, le tribunal de la Sénéchaussée
comprenait sept catholiques et deux protestants ; l'affaire a
été instruite par deux ardents catholiques ( Auguis,
t. IX, p. 474-483 ). Seul un point juridique mériterait
examen : l'officialité d'Angers avait demandé qu'on
lui remette deux des accusés, qualifiés de "
pauvres religieux ", et relevant donc d'un tribunal ecclésiastique.
Cependant, si ces moines étaient gyrovagues, c'est-à-dire
détachés de tout lien avec un couvent, relevaient-ils
encore d'une juridiction spéciale ? Or, le moine de Vera
ne portait pas de tonsure ( Médiathèque de
Nantes, Dugast-Matifeux, n° 86 ).
3°- Duplessis-Mornay cherche à limiter l'installation
des nouveaux ordres religieux ( cf. Chapitre
11 ). Il parvient à empêcher la venue de prédicateurs
jésuites, ces « assassins ordinaires des princes »,
selon sa formule. Mais c'est son seul succès ; fortement
aidées par l'autorité royale, par l'abbesse de
Fontevraud et par l'assemblée des habitants, de nombreuses
implantations nouvelles ont lieu. Le gouverneur est particulièrement
furieux contre la venue des Oratoriens et des Ursulines, qui
s'occupent d'éducation de la jeunesse.
4°- Comme ses coreligionnaires, Mornay est fort hostile
au pèlerinage à Notre-Dame des Ardilliers, que
son épouse surnommait " la teigneuse ",
car on lui attribuait le pouvoir de guérir la maladie
évoquée. Dans les miracles qu'on proclame à
grand bruit, il voit, à juste titre, une machine de guerre
contre la religion réformée et, comme Agrippa d'Aubigné,
il soupçonne de grossières machinations.
En tout cas, en 1594, il fait arrêter et interroger
Laurent François, qui se proclame miraculeusement guéri
d'un mal aux genoux. Mais ce dernier est au service d'un maître
influent, Parabère, le gouverneur ( protestant )
de Niort, qui obtient sa libération. En tout cas, Laurent
François ne figure pas dans les listes officielles de
miraculés. Ce type d'intervention permet aux polémistes
catholiques de reprocher au gouverneur d'exercer « toutes
sortes de cruautez impunement contre les pauvres Catholiques ».
Avec une évidente exagération.
Au total, Duplessis-Mornay tient la ville d'une poigne
un peu rude, mais c'est sans doute nécessaire pour éviter
l'explosion de passions promptes à renaître. Pendant
vingt ans, il a maintenu une coexistence pacifique - les
plus pessimistes diront " une guerre froide ",
pour reprendre la formule de Richelieu - entre les deux
confessions locales concurrentes.
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9) Un moraliste intransigeant
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Mornay est probablement plus tatillon pour son camp
que pour les catholiques. Volontiers sermonneur sur le fait de
la morale, il s'érige en mentor d'Henri de Navarre ( qui
n'est que de quatre ans son cadet ). En 1583, il lui propose
un règlement de vie qui le transformeraient en un modèle
de prince chrétien :
« Le roi de Navarre pourrait être habillé
à huit heures au plus tard et aussitôt commander
au ministre réformé de s'y trouver pour faire la
prière... » ( Abel LEFRANC, La vie quotidienne
au temps de la Renaissance, 1938, p. 32-33 ). La
journée se termine par une autre prière. Lourde
tâche que d'imposer au " Vert Galant " ce
programme de vie monacale !
Mornay revient à la charge l'année suivante :
« Pardonnés encore ung mot à vos fidèles
serviteurs, sire. Ces amours si découverts, et aulxquels
vous donnés tant de temps, ne semblent plus de saison ».
La belle Corisande ( qui est catholique ) est ici visée.
On le voit, Duplessis-Mornay n'est pas un conseiller
servile, il n'écrit des lettres de courtisan que lorsqu'il
s'agit d'obtenir des places pour son fils ou pour ses gendres.
Autrement, quel que soit le rang de son correspondant, son ton
est ferme et totalement imperméable à l'humour.
Il dénonce en termes vifs les nobles de son camp qui sont
prêts à prendre les armes pour des motifs futiles
ou prêts à changer de religion pour des places lucratives.
Par exemple, l'un d'eux vient de publier un ouvrage d'inspiration
catholique, il lui assène dans une lettre :
« J'ay leu vostre livre et non sans horreur d'un changement
si monstrueux, mais certes avec encore plus de pitié de
la misère de l'homme, de la vostre particulière,
de laquelle je ne peus esteindre mon sentiment, tandis que je
me veux persuader qu'il vous en reste... » Et il signe :
« Celuy qui vous a honoré, et aime plus vostre
salut que vous memes » ( B.N.F., coll. Dupuy,
349, fol. 44 ).
Il ne compte pas que des amis au sein du parti protestant.
A Sully, il reproche son carriérisme ; les deux vieux
chefs - et rivaux - se détestent. Agrippa d'Aubigné
ne l'apprécie guère et l'égratigne parfois
au passage.
Au début du XVIIe siècle, Duplessis-Mornay,
figé dans une attitude rigide, fait figure d'homme d'un
autre temps.
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