Sur la destitution de Duplessis-Mornay   

 

 Récit détaillé et plein d'animosité à l'encontre du gouverneur de Saumur : Pierre Gourdin, « 390e anniversaire de la chute de Duplessis-Mornay », S.L.S.A.S., n° 161, 2012, p. 36-50.

 Raoul Patry, le biographe-hagiographe de Duplessis-Mornay voit une scandaleuse injustice dans l'éviction par étapes du gouverneur de Saumur. Réexaminons le contexte.
   

1) L'attitude de Villarnoul

 Jean de Jaucourt, sieur de Villarnoul, époux de Marthe de Mornay, avait obtenu en 1606 la survivance de la charge, c'est-à-dire le droit d'hériter du gouvernement de Saumur. Il est probablement impatient de succéder à son beau-père, le jugeant sans doute dépassé par les derniers événements.
 Duplessis-Mornay l'avait envoyé auprès du roi à Tours, afin de préparer l'entrée du souverain et de son armée dans Saumur. Selon les dires d'Agrippa d'Aubigné, qui n'aime guère Duplessis-Mornay, ( Histoire universelle, t. 10, 1925, p. 34-35 ), Villarnoul se serait présenté comme un gouverneur plus sûr que son beau-père. Ayant suggéré le remplacement de Mornay, il sera lui-aussi déchu. Justice immanente !
  

2) Duplessis-Mornay joue-t-il un double jeu ?

 Richelieu, dont les Mémoires composites reprennent les dires des folliculaires du temps, porte de graves accusations : « Le Roi, étant à Tours, eut avis certain que l'assemblée de la Rochelle avoit écrit au sieur du Plessis qu'il ne donnât aucune jalousie au Roi en son passage et qu'il lui laissât croire qu'il se contiendroit dans l'obéissance... ». En réalité, jouant double jeu, il se serait rebellé après le passage des armées royales ( Mémoires du Cardinal de Richelieu, t. 3, 1912, p. 143-144 ). Il avait effectivement lancé un appel aux Rochelais le 17 février 1621. Ceux-ci avaient envoyé 1 800 hommes en direction de Saumur, sous le commandement de Soubise ( Didier Poton, op. cit. p. 267-268 ). La méfiance du roi est donc bien compréhensible.
 En sens contraire, il faut noter que l'acceptation d'un pareil plan va à l'encontre de l'obéissance absolue manifestée par Duplessis envers ses différents souverains, tout au long de sa vie. On n'imagine pas un pareil revirement chez un personnage aussi entêté.
 En outre, sa condamnation de l'attitude de l'assemblée de La Rochelle n'est pas seulement de façade, elle apparaît aussi dans sa correspondance privée.
 Enfin, le gouverneur de Saumur n'a plus les moyens de mener une politique militaire personnelle. Qu'auraient pu faire ses quelque 140 soldats, la plupart blanchis sous le harnois, face aux milliers de combattants de l'armée royale ? Il n'était guère possible de faire appel au renfort des milices urbaines, qui étaient mi-parties. Un ralliement postérieur à la révolte aurait déclenché une guerre civile dans Saumur même.
  

3) La crainte d'un complot

 Plus on étudie cette période, plus on la découvre fertile en complots, en révoltes et en machinations florentines. Alexandre Dumas est au-dessous de la réalité. A bon droit, le roi et son conseil peuvent redouter qu'après leur passage, Saumur soit pris par les séditieux, même sans l'accord de Mornay, « joint que son âge, ajoute Richelieu, eût été facilement circonvenu par les siens, quand il n'eut pas été de leur faction ». Le roi, en route pour Saint-Jean d'Angély, se serait retrouvé dans une posture fâcheuse, ses communications étant coupées.
 Il était sage qu'il laisse à Saumur, tête de pont vers les deux régions révoltées, des troupes sûres et, de plus, commandées par le petit-fils de son général en chef. Effectivement, la nouvelle garnison du château est puissante et deux compagnies suisses stationnent à la Croix Verte.
 

4) Duplessis-Mornay politiquement inutile

 En 1611, quand le " Pape des Huguenots " contrôlait la société protestante et calmait les trublions, sa présence à la tête du gouvernement et de la place de Saumur était indispensable au pouvoir royal. Maintenant, il n'a plus guère de poids, face aux exaltés de son parti, qui se disent parfois républicains, face aux grands seigneurs, qui choisissent leur camp en fonction de leurs intérêts particuliers.
 Son autorité sur Saumur est également sapée. Il le reconnaît dans le codicille qu'il ajoute en 1623 à son testament : il ne souhaite plus y être enterré dans l'annexe du temple, car « l'estat de la ville de Saumur est grandement altéré..., le peuple de contraire Religion audit lieu s'est montré extrêmement animé contre nous sans nul sujet » ( David de Licques et Jean Daillé, 1647, p. 731 ).
 Son rôle politique est terminé et, pour lui, l'heure de résigner sa charge a sonné.
    

5) Les violences gratuites

 Cela n'excuse en rien la brutalité de l'armée royale, qui se comporte comme en pays ennemi. Du Hallier, le capitaine des gardes, connu pour sa violence, plante une pique dans la porte du château.
 Dans les appartements du gouverneur, les serrures et les coffres, que les proches de Mornay n'avaient pas eu le temps de "ferrer", sont forcés par les pages et les laquais du roi. Selon plusieurs témoignages, les livres et les papiers de Mornay sont lancés dans la cour du château. Jean Louvet, ligueur véhément, ( R.A , 1855 (2), p. 176 ), qui raconte les événements par l'écho qui lui parvient à Angers, en rajoute un peu quand il les décrits « partye jettez dans la rivière de Loire, aultre partye bruslez, jettez et espars, tant dans ledict chasteau que par les rues de la ville dudict Saulmur, qui en estoient sy couvertes qu'on ne voyoit que livres et papiers... ». Tout de même, beaucoup de livres et d'archives ont survécu, mais certains tachés de boue.
 Tous les témoins accusent les gardes et la suite du roi. Les habitants de Saumur ne prennent nulle part à ces pillages.