NOM ACTUEL : r. Couscher
 

 QUARTIER : Alsace Pont-Fouchard
   

Première dénomination : " rue du Champ de Foire prolongée ", lors de son ouverture vers la fin du XIXe siècle. Le 4 août 1922 : rue Couscher

Portrait de Couscher Jacques-Alexandre Couscher, fils d'un officier du Grenier à Sel, est né à Saumur en 1768. Après une carrière dans l'inspection des douanes, il fait le tour du Monde, se déclarant « citoyen de l'Univers, ressuscité des quatre parties du monde, qu'il a eu la persévérance d'aller visiter pour y propager et prêcher le libéralisme, s'annonçant avec le titre de la saine raison et prédicateur de la nature ». Revenu de ses tribulations, il passe une longue retraite, en partie à Paris, en partie à Saumur. François-Yves Besnard, qui lui rend de courtes visites, est bien vite étourdi par l'abondance de ses péroraisons. Voici son portrait lithographié, envahi par les sentences édifiantes.
 Couscher aime fabriquer et offrir de petits objets symboliques, telle cette lampe de Diogène, sur laquelle il a calligraphié des devises morales.

 Il est surtout un philanthrope militant, qui, pendant une vingtaine d'années, multiplie les oeuvres de bienfaisance. Les constitutions de rentes s'ouvrent en général sur le préambule suivant :
« Je, soussigné, Jacques-Alexandre Couscher ( gendre Coilliot - on trouve aussi Caillaud et Coillo ), inspecteur divisionnaire retraité, demeurant à Paris, rue Saint-Honoré, n° 245,
 Voulant reconnoitre la grâce que l'Eternel m'a faite, en me préservant d'accident grave dans les voyages que j'ai fait dans tous les endroits les plus renomés des quatre parties du monde... »
 Suivent des donations parfois surprenantes, tant par leur objet que par la bizarrerie de leur formulation. La plupart témoignent d'une attention touchante aux difficultés des humbles. Il offre un drap mortuaire pour recouvrir les cercueils des indigents. Il se propose d'entretenir un cabriolet et un cheval, afin de faciliter les déplacements des convalescents de l'hospice. Il crée un lit spécial à l'Hôtel-Dieu réservé aux voyageurs ambulants. Il offre des chocolats de santé aux religieuses travaillant à l'hôpital.
 D'autres fondations dénotent de préoccupations hygiénistes, peut-être inspirées par les écrits de Jérémie Bentham : il donne 33 francs par an, afin de faire blanchir les murs de la prison, « au mois de juin, à la chaux vive, mais mélangée avec un peu d'ocre jaune pour moins fatiguer la vue ». Compte tenu de l'état de la prison de la Tour Grenetière, ce nettoyage annuel ne devait pas constituer un luxe.
 Il déplore aussi la nullité de ses compatriotes sur le fait des langues étrangères. Aussi fonde-t-il une bourse pour la création d'une chaire d'espagnol et d'anglais au Collège municipal de Garçons ( le principal parvient à dénicher un sujet britannique parlant l'espagnol ).
 Ses libéralités embarrassent parfois les autorités locales : il offre une prime au pompier le plus courageux dans les incendies. Les édiles estiment que les pompiers saumurois font preuve d'un égal courage et transforment le legs en versement global à leur caisse de prévoyance ( A.D.M.L., 4 O 404 ). On le voit : s'il prête parfois à sourire, Alexandre Couscher était vraiment un excellent homme, alors qu'il ne possédait pas une fortune si considérable.
 Il fait bien d'autres donations, y compris pour les enfants de Brézé. Même si les sommes paraissent parfois modestes, elles correspondent toujours à des intérêts de 5 % constitués sur des bons d'Etat. Au total, notre bienfaiteur sentencieux a placé un important capital.

 

Coeur de Couscher

 

 Le plus beau cadeau qu'il offre à sa ville natale, c'est son coeur, qui sera placé dans une boîte en plomb et remis à l'Hôtel-Dieu ( qui finalement l'a donné aux Musées du Château ).

 

 

 Pour le restant de son corps, Couscher souhaite qu'il soit enterré debout dans le cimetière du Père Lachaise, surmonté de l'inscription suivante :
« Cy gît debout qui fut toujours Cousché ».

 Il décède à Paris en 1837. Sans doute vaguement honteuse de ne plus honorer les rentes perpétuelles, la municipalité lui a dédié une rue.

 
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