NOM ACTUEL : r. Fourier
 

 QUARTIER : Ville close
   

Premières dénominations :
- "rue des Frères Mineurs"
- "rue des Frères Minimes"
- "rue Haute des Cordeliers"
à cause du couvent des Franciscains apparu au XIIIe siècle, qui avait une entrée sur cette voie, l'autre entrée donnant sur les jardins et la rue Basse-Saint-Pierre.
XVIIe-XVIIIe siècle : 
- "rue des Cordeliers en Fenet"
- "rue Haute-Saint-Pierre"

1794 : "rue du Temple de la Raison"
1800 : "rue du Temple de la Fraternité"

1818-1905 : rue Haute-Saint-Pierre.
En 1905, la municipalité dédie cette voie à Charles Fourier ( avec un seul "R" ), un original penseur du socialisme utopique ( 1772-1837 ). Ce nom a été maintenu pour le second tronçon de la rue.
 


Epreuve d'une gravure au burin, vers 1700

 Une importante voie de liaison

 Longtemps l'unique rue conduisant au quartier de Fenet, cette voie est importante, malgré son étroitesse et ses étranglements.

 Sur cette vue cavalière des années 1700, on la voit s'achever par la porte de Fenet, bordée à droite par un escalier extérieur ; cette zone au pied de la muraille est alors non constructible. A l'inverse, l'autre côté est bordé par la chapelle Saint-François du couvent des Cordeliers. Au-delà de la porte et en avant de la montée du Petit-Genève, le minuscule cimetière paroissial de Saint-Pierre est situé au-dessous du bastion qui s'est écroulé.

 Depuis 300 ans, le tracé de la rue n'a guère changé. Si l'on part de la façade de l'église Saint-Pierre, aisément reconnaissable en bas par ses trois clochetons achevés, l'actuelle rue Haute-Saint-Pierre est caractérisée par une maison en avancée. Quelques bâtiments adossés au choeur de Saint-Pierre ont été abattus. Bien sûr, le vaste enclos des Cordeliers est complètement remodelé, alors que l'autre côté de la voie est peu retouché, à l'exception du débouché de la rue des Patenôtriers.

 

De beaux hôtels classiques

Les numéros actuels 5, 7, 9 et 11, déjà repérables sur la gravure ci-dessus, sont occupés par de beaux hôtels particuliers, qui présentent des caractéristiques comparables : des cours assez spacieuses ; de vastes caves, servant également d'écuries, creusées dans la roche, mais couvertes par des voûtes savamment appareillées ( l'une d'elles a appartenu aux Cordeliers ) ; au-dessus, des terrasses étagées encloses de murs ; des tourelles d'escalier hors oeuvre des XVIe-XVIIe ; sur la rue, des façades remodelées aux XVIIe et XVIIIe siècles. Comme la restauration de ces ensembles s'achève, j'ai choisi des illustrations anciennes, qui permettront des comparaisons avec les travaux actuels.
 L'architecte Albert Laprade, bon observateur, est venu à plusieurs reprises de 1906 à 1960 afin de dessiner des éléments remarquables de la ville de Saumur ; ses croquis sont parus dans son 5 ème album, " Région de l'Ouest ", 1967, planches 16-17 et 18. Il s'intéresse notamment à ce quartier qu'il nomme malencontreusement " rue Jean Jaurès ". Il y repère les rares traces d'anciennes boutiques, la rue étant plus résidentielle que commerçante.

Croquis allégé d'Albert Laprade, n° 5 à 17 rue Fourier

 

Détail du 5 rue Fourier par Laprade5, rue Fourier

 

Laprade agrandit la belle porte ouvragée du n° 5 ( XVIIe siècle ), que je complète par un cliché pris vers 1990.

 

 

Il trouve également pittoresque le vaste portail du XVIIIe siècle, à deux vantaux percés par une petite porte.

7, rue Fourier7 rue Fourier esquissé par Laprade

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le 7 de la rue Fourier en pleine décrépitude Balcon du n° 7 dessiné par Albert Laprade

 

 

 

 

 

 

Le balcon restauré en 2002

 

 Le balcon contourné prolongeant deux portes fenêtres avait également suscité son intérêt. Il était complètement détruit vers 1990. Le voici, en-dessous, parfaitement restauré en 2002.

 

 

Un domaine du clergé

 Tout le côté Loire de la rue était occupé par le vaste couvent des Cordeliers, par sa chapelle et par son jardin. Les bâtiments sont rasés en 1821-1822 et remplacés dix ans plus tardLe Palais de Justice et la prison adjacente vers 1910 par l'ensemble du Palais de Justice et de la Prison. Les voici, vus du château, sur une carte postale des années 1910. L'ancien mur de ville a été surélevé du côté de la cour de la maison de détention.

 Après sa fermeture, la prison est occupée par la conserverie Deverney, spécialisée dans les haricots verts. Le nouveau tribunal lui a succédé.

 En face, sur le côté coteau, la belle maison du n° 5 appartient à Le Guay, un fabricant de cartes à jouer qui dispose d'une belle fortune. Justine, sa fille et héritière, donne la maison, ses dépendances et des rentes à l'abbé Fourmy, curé de Saint-Pierre, dans le but de fonder un orphelinat pour jeunes filles. Comme elle est incapable de gérer seule cet établissement, l'oeuvre est confiée aux Soeurs de La Pommeraye.Façade de 1870 du Foyer du Jeune Travailleur
 Le premier bâtiment de l'orphelinat est construit sur un terrain libre, à l'actuel n° 3, accolé à l'ancienne muraille. La première pierre est posée en 1837 sur deux médailles, une pièce de 50 centimes et un os de Jeanne Delanoue. L'ouvroir pour jeunes filles dispose d'une chapelle, qui est au rez-de-chaussée sur le côté droit de la cour.
 En 1870, l'architecte diocésain E. Piette remodèle les bâtiments, en ajoutant la façade centrale éclairée par d'élégantes arcades dans le style romano-byzantin, alors en vogue.
 Les autres maisons des numéros 5 et 7 appartiennent aussi à la paroisse ; elles accueillent des personnes âgées et servent aussi au presbytère ; elles sont finalement annexées au " Foyer de la Jeune Fille ". L'actuel " Foyer des Jeunes Travailleurs ", dit " le Fenet ", occupe désormais tout l'ensemble et son angle emporté par la chute du rempart est désormais restauré.


L'ancien presbytère ( n° 9 et 11 )

Façade n° 9 et 11

11 rue Fourier, rampe du grand escalier   Un hôtel particulier aux vastes proportions. La partie gauche présente les caractéristiques de la seconde moitié du XVIIIe siècle, reposant sur deux assises de pierre de Champigny, fortement surélevée, surmontée par un solennel fronton triangulaire, bardé par deux étages d'ancres de chaînage utilisées comme élément décoratif.

 

 A l'intérieur, le grand escalier comporte une belle rampe en fer forgé ( ci-contre).

 

 

La partie droite de l'hôtel particulier remonte au début du XIXe siècle.

Cour intérieure du n° 11 rue FourierLes communs

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 Le portail débouche sur une vaste cour, fermée par des communs à l'élégant décor néo-classique. Au-dessus, en arrière de la balustrade, s'étage un jardin à plusieurs niveaux, dans lequel un calvaire avait été érigé.
 Derrière le portail du n° 9, s'ouvre une solide cave, jadis très profonde, qui a servi d'abri au temps de la Guerre 39-45.

Christ au Jardin des Oliviers

 Selon toute vraisemblance, ce vaste hôtel a appartenu à des notables influents. Au lendemain de la loi de Séparation et après un vif conflit avec la mairie, Jules Bouvet, curé-archiprêtre de Saint-Pierre, s'y installe, ayant dû abandonner l'ancien presbytère situé au chevet de l'église. De cette période ecclésiastique, il subsiste des pierres sculptées dans la cour, comme ce Christ au Jardin des Oliviers, de bonne facture classique, qui pourrait être l'oeuvre de l'atelier d'art religieux dirigé par l'abbé Choyer.

 

 

Maison des Anges, partie gauche du XVIIe et partie droite du XVe siècle

 

 

La Maison des Anges ( n° 13 et 15 )

 La Maison des Anges est un vaste hôtel particulier, remontant au XVe siècle pour sa partie droite, reconstituée dans un style bien sec.

Cour de la Maison des Anges

 Dans la cour plusieurs éléments décoratifs peuvent remonter au XVIe siècle.

 

 La façade sur la rue est une réalisation solennelle de la fin du XVIIe siècle, au décor baroque fortement scandé. Les célèbres angelots qui couronnent chaque baie donnent à ce logis son nom et son charme, même si leur facture est parfois tâtonnante. Ils s'inspirent des chérubins des Ardilliers et, en hommage au quartier, ceux du second étage portent autour du cou un chapelet à gros grains.

 

Anges du second étage

 A la fin du XVIIIe siècle, ce logis appartient à Claude-Thomas Desmé du Buisson, le dernier sénéchal de Saumur. Fort hostile à la Révolution et nommé président du comité royaliste mis en place par les Vendéens, il est arrêté et meurt en prison.
 Son hôtel particulier, placé sous séquestre, devient le siège du Comité de Surveillance et Révolutionnaire de la Section de la Fraternité ( et non pas celui de la ville, qui siège dans l'hôtel Blancler ).
 La maison passe ensuite dans la famille Griffon.

 

Suite de la rue dans rue Haute-Saint-Pierre.

 
RÉCIT LIEUX INDEX MÉTHODE