NOM ACTUEL : r. Franklin-Roosevelt
 

 QUARTIER : Bilange Saint-Nicolas
   

Plan d'urbanisme dressé vers 1768Copie du plan de Prieur-Duperray, vers 1750

 L'étroite  " rue de l'Ecu " ( ou " rue de l'Ecu de France " ) prolongeait la rue du Portail-Louis et rejoignait en biais la place de la Bilange. Plusieurs passages s'ouvraient vers l'ouest, l'un menant à la chapelle du collège des Oratoriens ( installé dans l'ancienne auberge de l'Ecu ), l'autre débouchant dans la cour de l'hôtellerie de l'Ecu de France, qui a donné son nom à cette courte voie sans grande importance. La rue et la cour sont bien reconnaissables, sur le côté droit des deux extraits de plans de part et d'autre ( orientés vers le sud ).

 

 

Les ravages de la percée centrale

 En janvier 1753 est arrêté le tracé du futur pont Cessart et de la grande trouée rectiligne qui va traverser la ville. Les ingénieurs ont quelque peu tâtonné sur l'emplacement définitif de nos actuelles rues Franklin-Roosevelt et d'Orléans. Sur le plan de Prieur-Duperray à gauche, le tracé correspond à deux traits parallèles, qu'on retrouve sur le plan de droite légèrement plus tardif.
 Une trentaine d'immeubles sont voués à la destruction. Devant les résistances et à cause des lourdes dépenses, rien n'est fait pendant un demi-siècle. Le pont Cessart débouche sur la place de la Bilange, après la destruction de la maison du pesage et d'une partie de l'ancienne raffinerie de salpêtre. Un immeuble a disparu à l'entrée de la rue Saint-Nicolas, si bien que la place présente à peu près ses proportions actuelles. Mais elle est mal desservie : la rue Saint-Nicolas présente des proportions honnêtes, la rue Saint-Jean est encore étranglée par la porte de la Bilange et, vers le haut, la rue de l'Ecu est malcommode.

 

 

La construction de façades régulières sur le flanc occidental

 La fermeture du collège, le délabrement de ses bâtiments et leur abandon par l'armée permettent d'abattre une partie des maisons du côté de la rue Beaurepaire. L'ingénieur Charles-Marie Normand signe alors un vaste projet de façades formant le côté occidental de la nouvelle rue. Le document ( A.D.M.L., O 1 057 ) est signé, mais non daté ; par recoupements, on peut le faire remonter aux années 1808-1809.
 Rue Franklin-Roosevelt, 22-24, construction des années 1809-1812 Il reprend les formes de l'urbanisme local de la fin du XVIIIe siècle, telles qu'on les voit rue Molière ( à Saumur, la coupure esthétique se place vers 1820 ). Aux deux étages, élégants mais froids, on retrouve un jeu de bandeaux horizontaux et verticaux et, autour des baies, des tableaux souvent en relief, parfois en creux. Seule nouveauté : l'ensemble est surmonté par un petit étage supplémentaire, une attique percée de lucarnes ovoïdes, ce qui rappelle le style Directoire et donne une tonalité méridionale à l'ensemble.
 Cette élévation est assez fidèlement réalisée et toujours en l'état, comme ici aux numéros 22-24. A part les rez-de-chaussée occupés par des magasins et bouleversés à plusieurs reprises. A part aussi quelques balcons ajoutés au premier étage.

 

 

 

 

Rue Roosevelt, encore appelée rue d'Orléans

Angle de la rue Beaurepaire et de la rue Franklin-Roosevelt Les travaux commencent en 1809 par l'aménagement de la rue Daillé et par la rectification de l'extrémité de la rue Beaurepaire.
 A gauche, la voie, encore appelée " rue d'Orléans ". A droite, la rue aujourd'hui.

 

 

 

 

 

Extrait du cadastre de 1812  Le cadastre de 1812, orienté vers le nord, dont on voit un extrait allégé, à droite, permet de constater l'avancement des travaux à cette date.
On a commencé à dégager le prolongement de la rue d'Orléans vers le pont Fouchard, mais du côté de la rue du Portail-Louis, le bâtiment de l'hôtellerie de l'Ecu de Bretagne forme une avancée coupant le passage direct entre la rue Beaurepaire et la future percée de la rue Dacier, qui exigera elle-aussi d'importantes destructions.
 Plus bas, l'actuelle rue Daillé est aménagée ; la grande façade occidentale de la rue nouvelle est réalisée aux deux tiers, mais elle est stoppée, car les destructions prévues sur l'autre côté se font attendre et la voie en cours d'aménagement est en train de s'étrangler.
 A remarquer aussi une curiosité du parcellaire : les nouveaux magasins sont construits perpendiculairement à la voie nouvelle, mais à l'arrière, d'anciens bâtiments donnant sur la rue Daillé présentent une autre orientation ; d'où la forme arquée de certaines boutiques donnant sur les deux rues.
 L'achèvement du côté occidental de la rue va traîner jusqu'en 1825, et désormais les nouvelles maisons adoptent des styles plus divers aux approches de la rue Saint-Nicolas.

 

 

 

Les maisons du côté oriental

 La reconstruction du flanc oriental de la rue, selon un alignement tombant sur le coin de la place de la Bilange ( en bas, à gauche ), va s'étaler sur une période encore plus longue et donne des bâtiments correspondant à tous les styles du XIXe siècle, parfois même du XXe siècle. A partir de son milieu, la voie prend l'alignement de la rue du Portail-Louis, comme on le voit sur cette carte postale postée en 1924.

FRoosevelt, impair

 Deux commerces emblématiques sont à remarquer : à droite, l'importante pharmacie Perrein, puis Travaillé  ; à gauche, " A la Belle Jardinière ", qui avait repeint sa façade en brun et qui va susciter une enquête des autorités de Vichy en novembre 1940 dans la recherche des biens juifs ( le magasin ne sera pas mis sous séquestre, car il avait changé de propriétaires et était devenu le Vêtement moderne ). A sa gauche, le Comptoir patriotique.

En tête de la Belle Jardinière

Les grands magasins

Rue Franklin-Roosevelt, 6, la façade des Nouvelles Galeries Cette Belle Jardinière nous amène à une autre particularité de ce premier tronçon de l'ancienne rue d'Orléans : elle est, dans la ville, le seul quartier des grands magasins, vastes ensembles polyvalents dépendant d'une chaîne nationale, dans lesquels l'entrée est libre et le prix fixé sans marchandage possible.
 En 1910, aux n° 6, 8 et 10, Arthur Duthoo, fondateur du Grand Bazar de Tours, inaugure ses Nouvelles Galeries, aménagées autour d'un grand escalier central et reposant sur des structures métalliques autoportantes, à la manière des grands magasins parisiens.
 La façade surplombant de haut la rue est en rupture radicale avec les bâtiments réguliers des années 1809-1812 ; elle ne supporte aucun plancher, ce qui permet d'ouvrir de larges baies d'un modern style bien tempéré. Les paresseuses cariatides ne soutiennent que des balcons.

 

caryatides des Nouvelles Galeries

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Rue F.D. Roosevelt, n° 15
 
 
 
 
 

 De l'autre côté de la rue, au numéro 15, est élevé vers 1922 le Palais des Marchands ( d'où les initiales PM sur les balcons ), rebaptisé ensuite le Palais du Vêtement. Ensemble étonnant par son décor clinquant et par le trompe-l'oeil du premier étage.

 

 

 A l'inverse, au numéro 11, le Monoprix, qui a succédé au Printemps, présente une façade modernisée et austère. Dans tous les cas, on reste dans le quartier des grands magasins.

 
 
 
 
 
 
 
 

L'ancien Hôtel de la Poste

 Le bureau de la Poste aux lettres avait occupé plusieurs emplacements à travers la ville. La station du télégraphe avait d'abord été implantée dans une petite maison située près de la sous-préfecture. La municipalité Louvet décide de construire un nouveau bâtiment décoratif au coeur de la ville. L'emplacement de l'ancienne hôtellerie de l'Ecu de Bretagne est retenu, parce qu'il domine la perspective nouvelle créée à partir du pont.
 L'immeuble en avancée sera détruit, afin de permettre l'alignement de la nouvelle percée Dacier sur la rue Beaurepaire. La veuve Renault, née Eugénie Bardet, ( la grand-mère de l'industriel Louis Renault, dont le père était né à Saumur ) est expropriée de ses bâtiments le 1er juillet 1865 contre une indemnité de 30 000 francs ( A.M.S., M I 197 (10)  - nouvelle cote 1 M 44).

 

Ancien Hôtel de la Poste, aujourd'hui Crédit Industriel de l'Ouest L'architecte de la ville, Charles Joly-Leterme présente ses premiers plans le 26 avril 1866 ( A.D.M.L., O 1057 ). Il propose un haut immeuble d'inspiration classique et au décor composite, mi bâtiment officiel, mi maison bourgeoise. Au premier et au second étage, des pilastres et des colonnes cannelés, surmontés par des chapiteaux corinthiens, confèrent de la solennité à l'édifice. Ils reposent sur un solide rez-de-chaussée caractérisé par son appareil en bossage et les arcatures en plein cintre chères à l'architecte. Le fronton à l'horloge rappelle le caractère public de l'édifice ; les lucarnes en zinc qui l'encadrent sont d'origine.
 Joly-Leterme et le maire Louvet ont aussi prévu d'ajouter des inscriptions évoquant l'histoire de la Poste : « Chappe » ( le télégraphe optique de 1792 ), « Edit de Dourlens, 1464 » ( allusion à l'édit de Doullens, par lequel Louis XI créait un réseau de relais de poste ), « Louis XI » et, enfin, « Napoléon III, 1854 » ( la nouvelle du débarquement à Sébastopol était parvenue à Paris par la voie du télégraphe électrique ). Sur la carte postale ci-contre, les inscriptions sont encore à peu près déchiffrables, mais la référence à l'empereur est remplacée par « Poste et Télégraphe ».

 Le nouvel immeuble est construit par l'entrepreneur Louis Vinsonneau pour 30 940 fr. Il n'est complètement achevé qu'en 1870 par Emile Roffay, le successeur de Joly-Leterme. Une curieuse tour métallique servant au télégraphe est par la suite venue couronner l'édifice, progressivement renforcée par une forêt de fils téléphoniques ; voir histoire de l'implantation du téléphone ( aujourd'hui, Crédit Industriel de l'Ouest ).

Des noms fluctuants

 La nouvelle percée est considérée comme formant un ensemble unique avec la rue d'Orléans ; la numérotation est continue depuis la place de la Bilange. Lieu de prestige au coeur de la nouvelle ville et enjeu de pouvoir, cette voie longtemps en travaux se voit infliger huit noms différents en cinquante ans. Voir ces noms et leur explication en rue d'Orléans. Parfois, le nouveau carrefour prolongé par un espace triangulaire prend des noms officieux dans la presse ou sur les cartes postales : « place de l'Ecu de Bretagne », « place de la Poste » ou « place du Crédit de l'Ouest ». Cependant, ces dénominations ne figurent pas sur les nomenclatures officielles. Autre particularité de ce carrefour très fréquenté et envahi par des piétons indisciplinés : il est le premier à voir apparaître des feux tricolores.

 Le décès, le 12 avril 1945, du président des Etats-Unis entraîne une vive émotion et explique qu'on lui décerne le nom de cette artère. Avec Kennedy, il est l'un des deux américains qui ont donné leur patronyme à une rue de Saumur ( le quai des Etats-Unis ayant disparu ). La nouvelle dénomination est concrétisée le lundi 21 juillet 1947, premier jour du carrousel, quand le brigadier général Tate, représentant de l'ambassadeur des Etats-Unis, vient couper un ruban tricolore à l'entrée de la rue.


N° actuel

CURIOSITÉS

2 - Une pharmacie pendant plus d'un siècle.Magasin Pastor

 

 

3 - De pittoresques marchands de fruits

Chromo de Georges Girard

 

 

 

 

 

 

16 - Magasin de papeterie de Georges Girard, qui a donné son nom à une rue et qui distribuait aux enfants ces chromos naïfs. Le magasin est repris par Paul Godet.

 

 

 

 

 

 

 

au n° 17 - Une curiosité disparue

Le Grand Café du Commerce, tenu par Léon-Antoine Dodu, puis par Lelong, présentait un décor luxuriant, malencontreusement saccagé par une banque. Un salon était orné par des faïences émaillées figurant les quatre saisons, dans le style 1900, ainsi que par un vitrail recueilli par le musée Barbet de Vaux à l'Ecole de cavalerie.

Le salon aux quatre saisons

Grand Café du Commerce, salle du dancing

 

 Dans les années 1920, le photographe Eugène Leconte nous donne deux clichés de cette remarquable décoration. Remarquez aussi l'abondance du personnel à cette époque.

 Sur ses annonces publicitaires, le café promettait « orchestre dimanche et fêtes ». L'arrière-salle, a servi de café-concert, puis de dancing, dans cet extravagant décor de grotte. A Saumur, la première projection cinématographique en salle s'est tenue au Grand Café du Commerce le 30 octobre 1896, vraisemblablement dans ce décor ( voir l'apparition du cinématographe ).

 

Chromo

 

 

 

18 et 20 - La veuve Sabatier, mercière, distribue une quantité considérable de chromos, qu'on retrouve sur les sites de ventes.

 

 

 

 

25 et 32 - Une remarquable permanence des activités depuis plus d'un siècle, dans le domaine de la pharmacie pour le premier, dans la joaillerie pour le second.
   

 
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