QUARTIER
: Bilange Saint-Nicolas |

L'étroite " rue de l'Ecu " (
ou " rue de l'Ecu de France " ) prolongeait la
rue du Portail-Louis, rejoignant en biais la place de la Bilange.
Plusieurs passages s'ouvraient vers l'ouest, l'un menant à
la chapelle du collège des Oratoriens ( installé
dans l'ancienne auberge de l'Ecu ), l'autre débouchant
dans la cour de l'hôtellerie de l'Ecu de France, qui a donné
son nom à cette courte voie sans grande importance. La
rue et la cour sont bien reconnaissables, sur le côté
droit des deux extraits de plans de part et d'autre.
Les ravages de la percée centrale
En janvier 1753 est arrêté
le tracé du futur pont Cessart et de la grande trouée
rectiligne qui va traverser la ville. Les ingénieurs ont
quelque peu tâtonné sur l'emplacement définitif
de nos actuelles rues Franklin-Roosevelt et d'Orléans.
Sur le plan de Prieur-Duperray à gauche, le tracé
correspond à deux traits parallèles, qu'on retrouve
sur le plan de droite légèrement plus tardif.
Une trentaine d'immeubles sont voués à la
destruction. Devant les résistances et à cause des
lourdes dépenses, rien n'est fait pendant un demi-siècle,
si bien que le pont Cessart débouche sur des ruelles étroites.
La construction de façades régulières sur le flanc occidental
La fermeture du collège, le délabrement
de ses bâtiments et leur abandon par l'armée permettent
d'abattre une partie des maisons du côté de la rue
Beaurepaire. L'ingénieur Charles-Marie Normand signe alors
un vaste projet de façades formant le côté
occidental de la nouvelle rue. Le document ( A.D.M.L., O 1 057 )
est signé, mais non daté ; par recoupements, on
peut le faire remonter aux années 1808-1809.
Il reprend les formes de l'urbanisme local de la fin
du XVIIIe siècle, telles qu'on les voit rue
Molière ( à Saumur, la coupure esthétique
se place vers 1820 ).
Aux deux étages, élégants mais froids, on
retrouve un jeu de bandeaux horizontaux et verticaux et, autour
des baies, des tableaux souvent en relief, parfois en creux. Seule
nouveauté : l'ensemble est surmonté par un
petit étage supplémentaire, une attique percée
de lucarnes ovoïdes, ce qui rappelle le style Directoire
et donne une tonalité méridionale à l'ensemble.
Cette élévation est assez fidèlement
réalisée et toujours en l'état, comme ici
aux numéros 22-24. A part les rez-de-chaussée occupés
par des magasins et bouleversés à plusieurs reprises.
A part aussi quelques balcons ajoutés au premier étage.

Les
travaux commencent en 1809 par l'aménagement de la rue
Daillé et par la rectification de l'extrémité
de la rue Beaurepaire.
A gauche, la voie, encore appelée " rue
d'Orléans " sur une carte postale antérieure
à 1914. A droite, la rue aujourd'hui.
La suite de la rue d'Orléans est également ouverte, mais le bâtiment de l'hôtellerie de l'Ecu de Bretagne forme une avancée gênant le passage ( Ne pas oublier que la rue Dacier n'est pas encore ouverte, on remarque, ci-dessous, en haut, les bâtiments qui seront abattus pour l'aménagement de la nouvelle rue rectiligne ).
Le
cadastre de 1812, dont on voit un extrait allégé,
à droite, permet de constater l'avancement des travaux
à cette date : la grande façade occidentale ( à
droite, car le sud est vers le haut ) est réalisée
aux deux tiers, mais elle est stoppée, car les destructions
prévues sur l'autre côté se font attendre
et la voie nouvelle est en train de s'étrangler.
A remarquer aussi une curiosité du parcellaire :
les nouveaux magasins sont construits perpendiculairement à
la voie nouvelle, mais à l'arrière, d'anciens bâtiments
donnant sur la rue Daillé présentent une autre orientation ;
d'où la forme arquée de certaines boutiques donnant
sur les deux rues.
L'achèvement du côté occidental de la
rue va traîner jusqu'en 1825, et désormais les nouvelles
maisons adoptent des styles plus divers.
Les maisons du côté oriental
La reconstruction du flanc oriental de la rue, selon un alignement tombant sur le coin de la place de la Bilange ( en bas, à gauche ), va s'étaler sur toute la durée du siècle et donne des bâtiments aux styles variés et sans aucune unité.
Le bureau de la Poste aux lettres avait
occupé plusieurs emplacements à travers la ville.
La station du télégraphe avait été
implantée dans une petite maison située près
de la sous-préfecture. La municipalité Louvet décide
de construire un nouveau bâtiment décoratif au coeur
de la ville. L'emplacement de l'ancienne hôtellerie de l'Ecu
de Bretagne est retenu, parce qu'il domine la perspective nouvelle
créée à partir du pont.
L'immeuble en avancée sera détruit, afin de
permettre l'alignement de la nouvelle percée Dacier sur
la rue Beaurepaire. La veuve Renault [ je crois qu'il s'agit d'une
ascendante de l'industriel Louis Renault ] est expropriée
de ses bâtiments le 1er juillet 1865 contre une indemnité
de 30 000 francs ( A.M.S., M I 197 (10) - nouvelle
cote 1 M 44).
L'architecte
de la ville, Charles Joly-Leterme
présente ses premiers plans le 26 avril 1866 ( A.D.M.L.,
O 1057 ). Il propose un haut immeuble d'inspiration classique
et au décor composite, mi bâtiment officiel, mi maison
bourgeoise. Au premier et au second étage, des pilastres
et des colonnes cannelés, surmontés par des chapiteaux
corinthiens, confèrent de la solennité à
l'édifice. Ils reposent sur un solide rez-de-chaussée
caractérisé par son appareil en bossage et les arcatures
en plein cintre chères à l'architecte. Le fronton
à l'horloge rappelle le caractère public de l'édifice
; les lucarnes en zinc qui l'encadrent sont d'origine.
Joly-Leterme et le maire Louvet ont aussi prévu d'ajouter
des inscriptions évoquant l'histoire de la Poste :
« Chappe » ( le télégraphe
optique de 1792 ), « Edit de Dourlens, 1464 »
( allusion à l'édit de Doullens, par lequel Louis
XI créait un réseau de relais de poste ), « Louis
XI » et, enfin, « Napoléon III, 1854 »
( la nouvelle du débarquement à Sébastopol
était parvenue à Paris par la voie du télégraphe
électrique ). Sur la carte postale ci-contre, les
inscriptions sont encore déchiffrables, mais la référence
à l'empereur est remplacée par « Poste
et Télégraphe ».
Le nouvel immeuble est construit par l'entrepreneur Louis Vinsonneau pour 30 940 fr. Il n'est complètement achevé qu'en 1870 par Emile Roffay, le successeur de Joly-Leterme. Une curieuse tour métallique servant au télégraphe est par la suite venue couronner l'édifice ( aujourd'hui, Crédit Industriel de l'Ouest ).
Des noms fluctuants
La nouvelle percée est considérée comme formant un ensemble unique avec la rue d'Orléans ; la numérotation est continue. Lieu de prestige au coeur de la nouvelle ville et enjeu de pouvoir, cette voie longtemps en travaux se voit infliger huit noms différents en cinquante ans. Voir ces noms et leur explication en rue d'Orléans. Parfois, le nouveau carrefour prolongé par un espace triangulaire prend des noms officieux dans la presse ou sur les cartes postales : « place de l'Ecu de Bretagne », « place de la Poste » ou « place du Crédit de l'Ouest ». Cependant, ces dénominations ne figurent pas sur les nomenclatures officielles. Dernière particularité de ce carrefour très fréquenté : il est le premier à voir apparaître des feux tricolores.
Le décès, le 12 avril 1945,
du président des Etats-Unis entraîne une vive émotion
et explique qu'on lui décerne le nom de cette artère.
Avec Kennedy, il est l'un des deux américains qui ont donné
leur patronyme à une rue de Saumur ( le quai des Etats-Unis
ayant disparu ).
N° actuel |
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6, 8 et 10 - En 1910, Arthur Duthoo inaugure ses Nouvelles Galeries, aménagées autour d'un grand escalier central et reposant sur des structures métalliques, à la manière des grands magasins parisiens. La façade surplombant de haut la rue est en rupture radicale avec les bâtiments réguliers des années 1809-1812 ; elle ne supporte rien, ce qui permet d'ouvrir de larges baies d'un modern style bien tempéré. Les paresseuses caryatides ne soutiennent que des balcons.
Des ferronneries très travaillées annoncent l'architecture métallique de l'intérieur.
Une curiosité disparue au n° 17 - De l'autre côté de la rue, le Café du Commerce présentait un décor luxuriant. Un salon était orné par des faïences émaillées figurant les quatre saisons, dans le style 1900, ainsi que par un vitrail recueilli par le musée Barbet de Vaux à l'Ecole de cavalerie.
Sur ses annonces publicitaires, le café promettait « orchestre dimanche et fêtes ». L'arrière-salle, a servi de café-concert, puis de dancing, dans cet extravagant décor de grotte. La première projection cinématographique saumuroise s'est tenue au Grand Café du Commerce le 30 octobre 1896, vraisemblablement dans cette salle ( voir l'apparition du cinématographe ).
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