NOM ACTUEL : r. de la Gueule-du-Loup
 

 QUARTIER : Nantilly
   

Premières dénominations : « Goulle de Loup », 1435, A.D.M.L., H 2 906.
« le chemin de Goulle de Loup », 1452, Terrier de l'Aumônerie, fol. 136.
« le chemin par lequel l'en vait dudit bourc en goulle de loup », 1454, A.D.M.L., H 2 128. Cette voie marque donc la direction d'un lieudit et se prolonge en remontant l'actuelle rue Marceau.
XVIIe-XVIIIe siècle : "Gueule de Loup" et "Gueule du Loup", indifféremment.

1818 : la rue actuelle est la " rue de la Petite Gueule du Loup ", alors que la rue Marceau est la " rue de la Grande Gueule du Loup ".

1905 : "rue Diderot", l'auteur de " la Religieuse ", dénomination discourtoise à l'égard des soeurs de Sainte-Anne, qui possèdent la moitié de la rue.

 La Gueule du Loup

- Inutile de rechercher du côté de la plante, ce nom s'explique généralement par le souvenir d'une intrusion de loups venus rôder jusqu'aux portes de la ville. J'ai relevé trois dénominations comparables qui rappellent cette terreur tout autour de la ville au XVe siècle. Souvent, des têtes de loup étaient fixées sur les portails, afin d'effrayer de nouveaux envahisseurs, ce qui constitue une explication complémentaire.

- Le lieudit " la Gueule du Loup " correspond à un vaste espace partant de la rue actuelle ( la Petite Gueule du Loup ) et s'élargissant à tout le versant de la colline au-delà de la rue Marceau, s'arrêtant au canton de Grenelle ( la Grande Gueule du Loup ). Une grosse métairie se trouve dans le prolongement de la rue. Les deux moulins de la "Goulle de Loup" sont cités dès 1668 ( A.D.M.L., H 2 903 ). Les droits seigneuriaux en sont attribués à René Jacob ( les bases de l'un d'entre eux sont encore visibles près de l'Ecole Hôtelière ).

- La fuie constitue une dépendance de la Gueule du Loup. Elle est déjà citée en 1452 dans le Terrier de l'Aumônerie, « la fuie et jardrin séant au lieu appelé goulle de lou », fol. 27 ( fief de Tigné ). Une fuie existe donc dès cette époque, mais ce n'est pas la nôtre. Le plus important est d'avoir le droit de colombier, c'est-à-dire, en principe - car il y a bien des exceptions - une seigneurie couvrant autant d'arpents que la fuie contient de boulins.
 Aucune difficulté ici, nous sommes dans la vaste seigneurie de Tigné-Chassé-Boureau, un vaste ensemble regroupant des terres dispersées sur Dampierre, à Fenet, à l'est de Nantilly ( la Gueule du Loup, le Vigneau, Aunis, Fourneux ), au Puy-Girault, à Saint-Cyr en Bourg et à Marson.
 La fuie portant la date de 1693 ( voir rue Marceau ) a été reconstruite à cette époque, au moins dans sa partie supérieure. Par qui ? Depuis 1586, la seigneurie est passée dans une importante famille d'hommes de loi, les Jacob, devenus les Jacob de Tigné, qui possèdent la grande maison familiale de la rue de la Gueule de Loup et un ensemble seigneurial regroupant jusqu'à 430 familles ( François Baudoin, La famille Jacob de Tigné ( XVIe-XIXe siècle, mém. de maîtrise, 1994 ). Logiquement, Joseph-René Jacob de Tigné peut être considéré comme le constructeur de cette fuie. Mais je n'en suis pas absolument certain, car cette famille tend à cette époque à revendre ses domaines du Saumurois pour acquérir des charges anoblissantes, soit parlementaires, soit militaires.
 Un autre nom apparaît alors : une exemption fiscale révèle qu'en 1704 la fuie est la propriété de l'avocat Jacques Salmon, sieur de Bonnecourt, lui aussi à la tête d'une ambitieuse dynastie de robins. Premier échevin de Saumur en 1692-1695, puis procureur syndic, il possède les moulins de la Gueule du Loup. Il agrandit son emprise dans le secteur en faisant construire les deux moulins Salmon ( ou moulins Jumeaux ), situés sur l'emplacement de la Cité technique. S'il a acheté le domaine de la Fuye et le droit de colombier avant 1693, il n'est pas impossible qu'il soit le bâtisseur de la fuie actuelle.
 Alors que les Jacob de Tigné ont une conception avant tout honorifique de leur seigneurie, les Salmon ont des préoccupations plus spéculatives. Leurs quatre moulins sont loués à des dynasties de meuniers ( Voir leurs noms dans Nicolas Jolivot, Le Saumurois des moulins et des meuniers, 1994, p. 93 ). Les pigeons, leurs oeufs et leur fiente se vendent un bon prix.

 

N° actuel

CURIOSITÉS

A l'entrée de la rue, les petites maisons sont d'anciennes résidences de chapelains de Nantilly ; elles peuvent remonter au XVe siècle.


Maison de retraite de la Gueule du Loup - Au début du XIXe siècle, la communauté de Sainte Anne de la Providence avait sa maison-mère dans l'hospice des Ardilliers. Elle ne s'y sentait pas indépendante, dans la mesure où elle dépendait du préfet et de l'administration municipale, gestionnaire de l'hospice. C'est pourquoi elle décide de transférer sa maison-mère et son noviciat dans le quartier de Nantilly, dans l'ancienne résidence des Jacob de Tigné, appartenant alors aux époux Montagne. L'achat est effectué en 1838, les bâtiments remodelés et la Congrégation transférée à la Gueule du Loup le 17 janvier 1843. D'autres maisons de la rue et du quartier sont achetées.
 Finalement, la congrégation se transporte à Saint-Hilaire Saint-Florent en 1864, et l'établissement devient la Maison de Retraite Sainte Anne de Nantilly.

La Gueule du Loup Sur la gauche, la chapelle, construite sur des plans d'Emile Roffay en 1876-1878, dans un style angevin très pur ( à l'exception de l'entrée où les statues sont en terre cuite ). Les vitraux, offerts par la comtesse de Mecrenhem, sont réalisés par les ateliers Lobin de Tours.
 A droite, le bâtiment principal cachant un bâtiment neuf de 1982.
Plusieurs souterrains s'enfoncent sous le coteau ; l'un d'eux, voûté de pierres sèches, a été fouillé sans résultat par l'architecte Joly-Leterme.

L'extrémité de la rue - La barrière de la Gueule du Loup surveillait la circulation des marchandises et percevait des droits d'entrée.

 
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