NOM ACTUEL : quai Mayaud
 

 QUARTIER : Fenet
   

XVIIe-XVIIIe siècle : selon les parties, nombreuses dénominations, qui seront étudiées par tronçons. 1838 : le nouveau quai achevé est baptisé "quai de Limoges" (direction lointaine de la route).

4 août 1922 : "quai Mayaud". Louis Mayaud, maire de Saumur, vient de mourir dans un accident de chemin de fer. En outre, la famille possède ses ateliers et de nombreuses demeures sur ce quai.

 

Partie du dessin de Haro y Cardona, AMS, 1Fi432 Cet axe important, long d'un kilomètre et présentant une foule de maisons intéressantes, sera étudié par étapes, à partir des éléments les plus anciens. On remontera donc de la place de la République à la place Notre-Dame en sens inverse de la numérotation ( qui suit le fil de la Loire ).

L'ancien port au Bois ( XVIIe-XIXe siècles )

 L'alignement des façades se situe en avant de l'ancienne muraille des 14-15e siècles qui s'allonge jusqu'à la tour du Papegault et est toujours visible dans les cours en contrebas, notamment au numéro 61.
 En 1652, les habitants de Saumur reçoivent du roi la propriété des places vagues situées en avant des remparts ; la municipalité allotit aussitôt cette partie des boulevards, qui se couvre de hauts immeubles, séparés du rempart par une petite cour, alors que sur les gravures de la première moitié du XVIIe siècle, il n'y a aucune maison devant la muraille.

 Ce nouveau port est aussi baptisé " quai au Bois " ou " rue du Port-au-Bois ", en raison d'une cale spécialisée, qui sert aussi d'entrepôt pour les matériaux combustibles ( stockage obligatoire pour des raisons de sécurité contre les incendies ). Ce port au bois s'étirait jusqu'au port Saint-Michel. Il est aussi appelé "port de la Galère", à cause d'une importante hôtellerie toute proche.
 En 2017, la ville de Saumur a acquis cette belle vue cavalière ( A.M.S., 1 Fi 432 ) signée par Joseph de Haro y Cardona, un lieutenant-colonel cartographe ( et un peu espion ) au service de Charles III, prétendant à la couronne d'Espagne. Sans doute détenu comme prisonnier de guerre à Saumur vers 1711 , le dessinateur a pris le château comme sujet principal, mais sur le côté, il nous donne cette intéressante figuration du port au bois.
 Les cales sont minuscules et en forte pente, sans doute recouvertes par des pierres plates posées sur le champ. Un muret pyramidal longe le fleuve et porte des anneaux d'amarrage, auxquels sont accrochées de nombreuses gabares ( exactement figurées ). Sept haleurs et un chef tirent un train de trois bateaux ; la manoeuvre est délicate et deux mariniers poussent sur leur bâton de quartier. La scène est vivante, mais il ne faut pas en tirer des conclusions abusives : le halage est rare sur la Loire moyenne, il n'apparaît que dans les ports et auprès des ponts, quand la voile n'est d'aucun secours. Ici, le train à la remontée a dû passer par l'étroit bras de la Poissonnerie.
 Si l'on examine de près les tas de bois, on constate qu'ils sont formés de planches fendues, assemblées à chaque extrémité et alignées en couches inversées, afin de faciliter le séchage. Il s'agit de bois merrain, de chêne ou de châtaignier, que les tonneliers utilisent pour fabriquer les barriques. Cet artisanat n'est pas alors pratiqué dans les villages, mais en pleine ville : plusieurs tonneliers sont alors signalés dans le quartier de Saint-Pierre. Le train de gabares qui arrive apporte aussi des merrains. Des tas sont aussi observables sur le port Saint-Michel, qui présente en outre quelques tonneaux.
 Plus à droite, la description des maisons accolées au rempart respecte la distribution globale de ces constructions, sans en faire une représentation individualisée ( en réalité, ces maisons sont moins nombreuses ). Grand intérêt de la description du rempart, bien que la tour du Papegault soit déformée. A l'inverse, on reconnaît bien la place Saint-Michel et son petit oratoire ( depuis, une rangée de maisons a été édifiée en avant sur le quai ). Plus à droite, le grand jardin des Cordeliers.

 Ce port au bois a été reconstruit à deux reprises. D'abord, dans les dernières années du XVIIIe siècle, quand le quai est élargi et réaménagé sous le nom de "Quai Neuf " ( voir l'historique des quais ), puis dans les années 1861-1867, quand est implantée la vaste et belle cale Mayaud. L'avancée de la ville sur le lit du fleuve est ici bien perceptible ; elle correspond à l'emprise de l'ensemble des actuels parkings.

 

N° actuel

CURIOSITÉS

Hôtel du Belvédère, au début du quai Mayaud

 

67-69 - Hôtel du Belvédère, édifié dans les années 1835-1837 par le fileur de verre René Lambourg, qui continue à fabriquer et à vendre des objets dans le passage d'entrée. Ce nouvel établissement pour voyageurs est construit sur l'emplacement de l'ancienne hôtellerie de l'Epée royale. Une passerelle conduisait vers le débarcadère où accostaient les bateaux à vapeur. Les voyageurs descendaient en grand nombre dans cet établissement, très coté au milieu du siècle et fermé vers sa fin.
 Aimable façade sans grandes prétentions architecturales, agrémentée par des chapiteaux corinthiens et par un charmant belvédère, venu tout droit d'Italie et offrant une vue exceptionnelle sur le fleuve et sur la ville.

 

 

55, quai Mayaud, l'hôtel du Commandement

55 - Hôtel du Commandement.
 Le négociant en tissus Nicolas Huard, époux de Marie-Euphrosine Lambert, fait élever cet hôtel de rapport dans les années 1824-1826 ( plans par Giraud, architecte-voyer - entrepreneurs : René Gasnault et Joseph Pichon - A.D.M.L., 50 J 23 ).
 La ville, ayant pris l'engagement d'assurer le logement du commandant de l'Ecole, y héberge le maréchal de camp Victor Oudinot ( voir les hôtels du Commandement ). En 1828, la duchesse de Berry y est accueillie à l'occasion du premier carrousel. Marie-Caroline assiste du balcon à un feu d'artifice tiré sur la Loire et elle se dit enchantée...
 Cet édifice réduit à trois travées se caractérise par sa verticalité. La partie inférieure s'inspire du XVIIIe siècle local : les arcatures abritent un entresol et soutiennent un puissant balcon, ce qui rappelle l'hôtel Blancler. Au-dessus, les pilastres peu ornés, les baies fortement moulurées et les puissantes consoles correspondant au style local des années 1820.

 

 

Vestibule de l'Hôtel du Commandement

 

 L'intérieur est remanié dans les années 1860. La large entrée cochère est ornée par deux colonnes de marbre.

 

 

 

Vitrail décorant le bas de l'escalier

 Au bas d'un escalier - assez peu solennel - un vitrail représente un couple, sans doute des maîtres des lieux, en costumes de la Renaissance.

L'immeuble passe ensuite dans la famille de Paul Mayaud et par les communs, il rejoint la rue Basse-Saint-Pierre.

 

 

 

44-46, quai Mayaud


 

44-46 - Maisons caractéristiques de cette partie du quai, remontant fin XVIIIe- début XIXe. Rez-de-chaussée surélevé et accessible par des marches. D'autres maisons voisines sont de la fin du XVIIe siècle.

 

 

 

37 ter, quai Mayaud, lucarne

 

 

37 ter - Nichée dans un angle avec la place Saint-Michel, une petite maison arbore fièrement la date de 1717 et les symboles de la marine de Loire. L'ancre des gabares se reconnaît à ses anneaux, qui permettent de la relever à l'aide d'un câble. Sur les côtés, on pourrait identifier des bâtons de quartier.

 

 

 

 Cette intéressante carte postale, qui a circulé en 1918, présente l'entrée de la place Saint-Michel et les maisons qui occupaient son centre, puis la tour du Papegault avant sa "restauration" et les petites maisons au départ du quai, alors en mauvais en état et aujourd'hui refaites avec des baies élargies au rez-de-chaussée. Remarquer aussi la vaste zone pavée et les rails tortueux du tramway.

Ancienne tout des fortifications et le quai de Limoges

 Voir la présentation de la place Saint-Michel et de la tour du Papegault.

  

Les grands hôtels particuliers

  De la place Saint-Michel à la place Allain-Targé, le quai, longtemps étroit, s'est d'abord appelé " quai des Trois-Mores ", puis "quai Michel" et "quai des Patriotes" sous la Révolution. Le nouveau " quai de Fenet " est réalisé en plusieurs tranches. Voir généralités sur le quartier de Fenet.
 De beaux hôtels particuliers y poussent. Deux familles dominent l'alignement jusqu'aux Ardilliers. En tête, « les Mayaud du quai », avec leurs ateliers et la résidence d'une partie de la lignée. De puissants négociants, les frères Dupuis y opèrent aussi une entrée en force : l'aîné, Charles-Daniel Dupuis, dit Dupuis-Perrault, est le commandant de la garde nationale sous Louis-Philippe ; le cadet, Charlemagne Dupuis a beaucoup fait parler de lui ; redoutable en affaires, il est devenu le châtelain de Cunault et Mérimée a eu beaucoup de peine à lui arracher le choeur de l'église priorale, qui lui servait de grange ; d'une ladrerie proverbiale, il se présente comme l'un des modèles crédibles du père Grandet.
 Le quai a été souvent remodelé par petites étapes. Sur le cadastre de 1812, il apparaît comme en plein chantier. Le nouveau quai est achevé juqu'à la hauteur de la rue du Grand-Noyer ( devenue rue du Général-Bontemps ). Plus à droite, la place du Bellay est en travaux, mais déjà Charlemagne Dupuis a fait construire son alignement de petites maisons, à l'extrême droite, en avant de l'ancien quai.

Quai Mayaud sur le cadastre de 1812

 

 Les nouvelles constructions sont identifiables sur cette aquarelle anonyme figurant le quai vers 1820.

Détail d'une aquarelle anonyme publiée dans le bulletin de la S.L.S.A.S. en 1997
 

N° actuel

CURIOSITÉS

Façade l'hôtel Anne d'Anjou32-34 - Hôtellerie des Trois-Mores - Hôtel Levesque-Desvarannes - Hôtel Dupuis-Perrault - Hôtel Jamet - Hôtel de Massacré - Hôtel Bauchard - Hôtel de voyageurs Anne d'Anjou ( voir site de l'hôtel ).

 L'hôtellerie primitive se situait plus en arrière sur la cour. Vers 1774, un nouveau propriétaire, l'industriel Louis Levesque-Desvarannes ( charbons du Layon, atelier monétaire de Saumur ) en fait un hôtel particulier présentant une nouvelle façade sur le quai Neuf. Cette façade, divisée en cinq travées, percées sur les côtés par deux fenêtres, et au centre par une ouverture unique, se caractérise par sa sobriété géométrique et par la balustrade qui la couronne.

 

 

 

Escalier de l'hôtel Levesque-Desvarannes

 

 

 En arrière, un majestueux escalier Louis XVI est dominé par une coupole à caissons peinte en trompe-l'oeil et restaurée par Laurent Gendre, quand l'immeuble devient l'hôtel Anne d'Anjou.

 

 

 Le propriétaire suivant, Charles-Daniel Dupuis fait décorer des salons dans le style Empire.

 

 

Balcon ajouté par Louis Jamet


 Un nouveau possesseur, le négociant Louis Jamet, qui est le contribuable le plus imposé de la ville en 1850, fait remodeler la façade ( c'est ce qui ressort de la comparaison avec l'illustration plus haut ). Il ajoute un balcon reposant sur quatre esses et portant ses initiales "L" et "J", encadrées par des caducées rappelant ses activités commerçantes.

 

 

L'hôtel Anne d'Anjou, côté jardin

 

 

 

 Côté jardin, deux ailes sont construites en retour d'équerre. Celle qu'on voit du côté droit a de vastes dimensions.

 

 

 

 

31, quai Mayaud

 

 

31 - La maison à l'angle de la rue du Relais porte sur une lucarne la date de 1721. Elle correspond à un niveau moins élevé de l'ancien quai, si bien que son rez-de-chaussée est en contrebas. La famille des architectes et entrepreneurs Cailleau l'a possédée et vraisemblablement construite. En 1774, Alexandre-Jean-Baptiste Cailleau échange une portion de l'ancien hôtel des Trois-Mores avec son voisin Levesques-Desvarannes. L'immeuble a été remodelé postérieurement.

 

 

Saumur, façade sur Loire de l'hôtel Dupuis-Charlemagne30 - Hôtel Dupuis-Charlemagne, édifié sur l'emplacement de l'hôtellerie des Trois-Marchands, qui était plus petite et qui était passée dans la famille Dandenac ( deux députés à la Convention ). Les archives ( A.D.M.L., 1 J 2162 ) apportent peu de renseignements sur la nouvelle construction réalisée à partir de 1844. Un projet primitif prévoyait un édifice en équerre bordant à la fois la rue du Relais et le quai. Finalement, l'architecte Gustave Svanberg, d'origine prussienne et réfugié politique à Saumur, édifie face au quai cet imposant hôtel particulier, qui reprend sans fioritures les canons des palais romains : rez-de-chaussée en bossage accentué, fenêtres du premier étage surmontées de frontons triangulaires, forte corniche.
 En raison de ce strict classicisme, les guides touristiques et les visiteurs des années 1900 considéraient cet hôtel comme le plus beau de la ville. Ils regrettaient seulement un léger défaut de symétrie, le côté droit, vers la rue du Relais, étant légèrement réduit.

Plus à gauche, l'étroite rue des Trois-Marchands a été fermée.

 

 

Jardin de l'hôtel Dupuis-Charlemagne

 

 

 L'hôtel devient la propriété d'un fils de Charlemagne Dupuis, Pierre Dupuis-Charlemagne ( 1808-1890 ). Ce dernier se plaint du bruit provenant de la maison close située au coin de son jardin ( voir dossier sur la prostitution ). Afin de les étouffer, il fait doubler les murs en élevant une "folie", une fausse ruine sans utilité, comme on les aime le long de la Loire. Cette pittoresque construction recopie en modèle réduit une tour du château de Saumur, tout proche ; elle offre des réminiscences de Cunault ( le berceau familial ), d'un cloître gothique et d'une maison de transition entre le gothique final et la Renaissance.

 

 

 

 

29, quai Mayaud

Musée militaire, gardes de Napoléon III

 

29 - Bel hôtel particulier, avec cour et communs, ayant appartenu à Pierre Mayaud. Edifié au XIXe siècle dans un bon style du siècle précédent. Son premier étage avait accueilli un riche musée militaire privé, dont voici les figures représentant les gardes de Napoléon III.

 

 

 

Suite dans Place Allain-Targé et dans l'étude générale de Fenet.
  


Le nouveau quai du XIXe siècle
Voir aussi la section sur les travaux urbains au début du XIXe siècle

Ancienne station de pompage du service d'eau, d'après une carte postale

 

Angle du quai et de la rue du Bellay - En 1873 est construite la première station de pompage du service d'eau. Une machine à vapeur à deux chaudières aspire l'eau de la Loire et la refoule vers deux réservoirs, l'un situé le long de la rue Duplessis-Mornay, l'autre ( peu décoratif ) perché au-dessus de la rue des Moulins. Cette station de pompage, abandonnée, a été aménagée par l'architecte-voyer Jean Hénin en une école maternelle, aujourd'hui désaffectée.

 

 

 

 

Partie centrale du nouveau quai16 à 12 - Charlemagne Dupuis n'est pas seulement remarquable pour son avarice, il est surtout un spéculateur avisé. Lors de la construction du nouveau quai, il a acquis la majeure partie des jardins riverains. Il y fait bâtir vers 1810 sept maisons accolées, avant de les revendre individuellement. Toutes semblables, elles se caractérisent par leurs lignes horizontales, une forte corniche sous attique et un double bandeau, lotissement facilement identifiable depuis l'autre rive du fleuve.

 

 

Hôtel de Castellane, côté quai8 - "Hôtel de Castellane" - Cette dénomination traditionnelle fait allusion à la marquise de Castellane ( 1806-1894 ), la fille de Charlemagne Dupuis, qui avait épousé un descendant désargenté de la famille de ce nom.

Hôtel de Castellane, côté jardin

 

 

 

 

 

 

 En réalité, selon E. Cron ( p. 362-363 ), cette imposante demeure a été construite par l'architecte tourangeau Jean-Charles Jacquemin pour Léon Mayaud et son épouse Marguerite du Temple. Elle est achevée en 1869, mais le parc est agrandi peu après.
 Décor floral luxuriant, mélange des styles, profusion des balustrades en terre cuite, escalier surmonté par une coupole, ce gros hôtel cossu sent un peu le nouveau riche. Le côté jardin, à droite, avec sa terrasse et son escalier double, me semble plus élégant.
 L'hôtel passe par alliance dans la famille de La Guillonnière, puis dans la famille Aldebert. Racheté par la ville, qui songe un temps à y implanter un casino, ce qui aurait été en harmonie avec l'architecture, et qui finalement le revend par appartements.

Ancien n° 4 - Logis des Pères de Chavagnes, animateurs du pèlerinage des Ardilliers au XIXe siècle et expulsés manu militari à deux reprises en raison des lois sur les Congrégations. Aujourd'hui, école publique Jean de la Fontaine.
  


 
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