NOM ACTUEL : r. des Moulins
 

 QUARTIER : Violettes - Hauts Quartiers
   

 La dénomination est d'une parfaite stabilité et son explication évidente : les premiers moulins à vent de la rue apparaissent à partir du XVe siècle. Voir le dossier historique sur les moulins et les meuniers. Le moulin cavier est perfectionné et les constructions se multiplient sur les deux côtés de la rue, qui a compté jusqu'à 27 moulins fonctionnant en même temps. Deux d'entre eux, appartenant à la veuve Alleaume, sont abattus en 1793 par les autorités républicaines, qui les estiment menaçants, car ils sont trop proches du château ( A.D.M.L., 1 Y 189 ).
 Sur l'apogée et le déclin de la meunerie à vent au cours du XIXe siècle, voir chapitre 34, § 3.
 Le quartier existe bien avant la floraison des moulins. Il s'appelle d'abord le Coteau Charier, dans sa partie centrale, et les Châteaux, du côté de Dampierre, ces deux noms, d'après leur étymologie, pouvant remonter à l'époque gallo-romaine. En effet, la rue correspond à une voie romaine se dirigeant vers Candes en longeant le bord de la falaise. Près du moulin Alleaume, situé au débouché de l'actuelle allée des Clématites et disparu, a été découvert un trésor considérable de 100 à 120 pièces d'or, enfoui en ce lieu à la fin du règne de Néron.

Attention : l'avenue des Moulins est un nom ancien de l'actuelle avenue du Docteur-Peton.

N° actuel

CURIOSITÉS

 Pour une topographie détaillée des lieux, voir Nicolas Jolivot, Le Saumurois des Moulins et des Meuniers, Cheminements, 1994 ;
 le catalogue de l'exposition " La rue des Moulins, hier et aujourd'hui ", Saumur, octobre-novembre 2007 et le dépliant rédigé par le service Ville d'Art et d'histoire.

 Cette rue longue de 1340 mètres ne peut être évoquée sans une pointe de nostalgie. Il demeure toutefois quelques tronçons rétrécis de cette voie tortueuse, encore bordée par quelques massereaux survivants et par les énormes masses épaulées par de puissants contreforts. Le numérotage métrique progresse en suivant le cours de la Loire, selon la norme locale.

 

Quelques vestiges

105 - Masse et massereau du moulin de l'Ebeaupin ou moulin Garnault ( Jean Georget le revend à Louis Garnault en 1860 ).

195 - Survivance unique d'un moulin-tour ou moulin turquais, appelé aussi le moulin Malécot ( un nom de famille ) ou bien le moulin à Tan ( car il broyait de l'écorce de chêne destinée au tannage ).

231- Murs de la masse du moulin Chaigneau.

289 - Accolé au précédent, le moulin Barré ou moulin de la Charte est remplacé au début du XXe siècle par une étonnante villa dans le style balnéaire normand. Traversée par un obus allemand en 1940, " la Charte " s'est assagie.

Carte postale ancienne de la villa La Charte

675 - Moulin de la Solaire ( la soulère est un vent du sud-est, selon Verrier et Onillon ) ou moulin Davy ( la plus puissante famille de meuniers ).

693 - Moulin de la Galerne, construit en 1656 par le maître charpentier Jean Fougeau. Ce moulin a tourné jusqu'en 1912. La galerne est le nom habituel du vent du nord-ouest.
 

Villa des Grandes Brises709 - Moulin Davy-Moisant, lié au moulin précédent, à part que ses ailes tournaient dans les sens des aiguilles d'une montre, à l'inverse des autres.

 

 

803 - Moulin de la Patouille, devenu la Villa des Grandes-Brises, premier poste de commandement lors des combats de juin 1940.

 

 

 

En avancée au-dessus des éboulements du coteau - Moulin des Fondis, dont la masse est flanquée de puissants contreforts. Sa construction est autorisée en 1646 par l'abbé de Saint-Florent, seigneur des lieux, contre un cens annuel de six deniers. Un moulin tour est édifié à proximité. Le moulin appartient d'abord aux Fougeau, une puissante famille d'entrepreneurs en charpente et d'architectes. Comme beaucoup d'autres moulins au XVIIIe siècle, il devient en 1766 la propriété de maîtres meuniers, les Razin et les Mollay, qui possèdent plusieurs moulins à vent et à eau.

Le Moulin Neuf

 

 

 

905 - Moulin Neuf ; le dernier construit ( vers 1830 ) ; ailes et hucherolle détruites par les Occupants pendant la Seconde Guerre mondiale ( à droite ).

 

 

 

1025 - Moulin de la Galère ou moulin Trudeau.


 Moulin Godet n° 1041

 

 

 

 

1041 - Moulin Godet, masse et massereau en bon état ( à gauche ).

 

 

 


 

L'abandon des vieux moulins

 

 En 1891, quand il trace cette lithographie, Albert Robida reconnaît qu'il n'y a plus que quatre ou cinq moulins « prenant le vent à toutes les pointes de la colline » et qu'il a quelque peu enjolivé le paysage.

Robida, Moulins

 

 La rapide décadence des anciens moulins apparaît sur ces cartes postales s'étalant de 1900 à 1920. Au début, survivent encore les planches du système Berton sur les moulins de la Galerne et Davy-Moisant. Ce cliché de Voelcker remonte aux années 1900-1902.

Les planches du système Berton sont encore bien visibles

La carte postale ci-dessous a été envoyée en avril 1904.

Les moulins de la Galerne et Davy-Moisant en 1903-1904

Les ailes ne peuvent plus tourner

Puis, les ailes et les hucherolles se disloquent.

Moulins, vers 1914

Moulins à l'abandon 

 Sous l'échelle, apparaît le château d'eau implanté au point culminant de la rue.

 Le moulin Georget 1, situé à l'entrée gauche de la rue des Moulins du côté du château, était le plus avancé sur la falaise. Sur la carte postale ci-dessous envoyée en 1906, masse, cône, hucherolle et échelle sont encore à peu près intacts. Les ailes conservent des vestiges des planches du système Berton. Les éboulements successifs du coteau le mettent en position menaçante ; en 1926, une pétition faisant état de l'inquiétude des habitants de Fenet habitant au dessous entraîne sa destruction par la ville.

Le moulin Georget vers 1906

 

  Voici maintenant ce même paysage, plus poétiquement évoqué sur une peinture à l'huile, structurant les masses des maisons et des moulins, recréant l'atmosphère brumeuse de la vallée fluviale et campant une majestueuse évocation du site ( cliché Arnaud Clairand ).

Peinture à l'huile signée AB, coll.  particulière, cliché Arnaud Clairand

 La création picturale restructure le fouillis des maisons. Elle semble néanmoins à peu près exacte. Au loin, émerge la tour N.E. du château, encore surmontée d'un toit plat. C'est en 1911 que Lucien Magne la couvre en forme de poivrière. Au dessus, un immense cerf-volant. A côté, les cheminées blanches et la flèche de Saint-Pierre apparaissent aussi sur les cartes postales. Détail du tableau ( cliché Arnaud Clairand )Le moulin Georget est conforme à la photo précédente. En bas, débouche la montée du Coteau-Charier aux tons fauves.

 

 

 

 Cette toile remonte donc au début du XXe siècle. Elle est signée du monogramme "AB", dans lequel je reconnais la marque d'Alfred Benon, né à Saumur en 1882, surtout connu comme sculpteur et comme homme de culture ( on retrouve ce monogramme sur ses dessins ). Il est tout à fait cohérent d'attribuer cette oeuvre structurée à un jeune sculpteur.

 

 

 

Les vieux moulins sur le Coteau - A.P.

 Cette intéressante carte postale, remontant aux années 1911-1914, représente le haut de la rue du Bois-Doré, à l'angle où elle rejoint la rue des Moulins. Elle se situe donc à l'est du tableau précédent. De gauche à droite, on reconnaît le moulin de la Galerne, le moulin Davy-Moisan, la villa des Grandes-Brises, puis, nettement plus loin, le moulin Neuf, dont on devine les ailes, tout à côté, l'énorme réservoir d'eau, après sa surélévation ( voir historique du service d'eau ), et dans le lointain les tourelles du château et peut-être plus à droite la hucherolle du moulin Georget.

 En 1907, fonctionnaient encore : le Moulin Neuf, les moulins Davy-Moisant, de la Galerne, de l'Ebeaupin, du Petit-Puy et du Vigneau. Les derniers cessent toute activité pendant la Première Guerre mondiale.
 

Les Fondis

 La falaise dominant la Loire s'écroule par pans depuis des temps immémoriaux. Voir rue des Fondis.

 Le 25 mai 1939, Augeard, expert géomètre, signe cet intéressant plan des carrières, grottes et excavations, qui permet de mesurer l'ampleur des éboulements. Ce plan n'avait pas été dressé dans un but de sécurisation du site, mais, à la demande de la Défense passive, afin de recenser les abris utilisables en cas de bombardement.

plan des carrières du coteau

 La moitié des moulins de Saumur

 Pour la seule rue des Moulins subsistent des vestiges ou des traces écrites de 32 moulins, une remarquable enfilade animée par le vent de galerne, qui remontait le couloir ligérien. Il convient cependant d'ajouter qu'une bonne vingtaine d'autres moulins étaient dispersés à travers le territoire de l'agglomération. Parmi les plus connus : deux au Bois-Brard, deux à Bournan, le Petit et le Grand Terrefort, deux au Vigneau ( voir le site consacré au moulin survivant, le seul qu'il soit possible de restaurer ) et les deux moulins de Beaulieu, à l'architecture monumentale.
Enfin, il est remarquable que les moulins vont souvent par paire. Première explication : les familles de meuniers, plutôt aisées à partir du XVIIIe siècle et en général propriétaires de leurs installations, complétées par quelques vignes, se font construire un « moulin neuf » auprès du vieux. Des explications techniques peuvent aussi être évoquées : un moulin est dit « mouturier ", quand il produit une farine grossière, mélangée à du seigle et à de l'orge ( qui donne le pain de méteil ) ; le moulin « fromentier », au contraire, est équipé d'un bluteau, un ensemble de tamis qui met à part une fine farine qui donnera le pain blanc. Les deux types de moulins se complètent.
  

RÉCIT LIEUX INDEX MÉTHODE