NOM ACTUEL : rue Pharouelle
 

 QUARTIER : Offard-Millocheau
   

 Une curieuse histoire pleine de rebondissements.

 Un vent de basse-mer s'étant levé sur le bras de la Croix Verte, le maître marinier " Farouelle ", ballotté sur un frêle esquif, est sauvé de la noyade par un bateau de la flotte du roi René, dont il devient l'ami. En souvenir de cette intervention providentielle, il élève la chapelle Saint-René au lieu de son débarquement. Tel est le récit que donne l'aventureux docteur Gaulay dans ses " Souvenirs anecdotiques sur Saumur ", p. 27-28, en affirmant l'avoir recueilli de son aïeul maternel.
 Dans ses " Epoques saumuroises ", Jean-Baptiste Coulon reprend l'histoire quelques années après, mais en rajoute, comme d'habitude. Il en tire 9 pages ( p. 165-172 et p. 185-186 ). Le maître marinier s'appelle désormais " Faronelle ", sans doute par suite d'une lecture défectueuse d'un texte manuscrit ; il devient le " roi élu " d'une république insulaire de pêcheurs et de bateliers ; il débite des stances fadasses à Marguerite d'Anjou...
 Cette tradition orale, peut-être fabriquée de toutes pièces, ne peut être entérinée par la critique historique. On a beau chercher, ce Pharouelle au nom changeant, cet ami du roi René, est introuvable dans les documents du XVe siècle. Quant à la chapelle Saint-René, on possède son acte de fondation, elle remonte à 1663, et la chapelle n'était pas au bord de l'eau. La population des îles était renommée pour son esprit d'indépendance et d'initiative. C'est sans doute pourquoi la légende de la " république faronelle " a bien pris. Il n'y a d'ailleurs pas de fumée sans feu, car le nom apparaît plus tard à Saumur.

 Selon Dauzat, le nom de Farouelle est d'origine britannique, un Farwell s'étant installé à Bordeaux au XVe siècle. Ce nom est bien attesté à Saumur, et en particulier dans le quartier des Ponts. Un port Pharouelle est porté sur des plans anciens, en aval du pont de la Croix-Verte. Son nom curieux lui vient vraisemblablement du sucrier René Farouel, attesté en 1727 ( A.M.S., GG 73 ) et qui l'aurait aménagé pour son négoce. Plus tôt, apparaît la veuve Farouelle, sur la taille de 1686. Plus tard, un horloger du XVIIIe siècle. Peut-être le même nom déformé : au début du XXe siècle, le docteur Arthur Ferouelle exerce dans le quartier des Ponts.

 En tout cas, la " rue du Port-Farouelle " est officialisée en 1784 et confirmée en 1818. Cette petite voie devient ensuite la " rue Pharouelle ". Totalement ravagée par les bombardements de 1944, la rue n'est pas reconstituée dans le quartier de l'Ile Neuve. Mais les mythes ont la peau dure, la municipalité croit bon de reporter ce nom dans le quartier de Millocheau, auprès de la rue Gamory.

 
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