Histoire du quartier Saint-Nicolas

 Hors de la ville close entourée par des murailles, l'ancien Saumur comptait quatre faubourgs : le faubourg des Ponts, Fenet, Nantilly et le faubourg  Saint-Nicolas, qui commençait en avant de la tour Cailleteau ( située à l'entrée de la rue Molière ) et de la porte de la Bilange ( traversée par la rue Saint-Jean ).
 
1) Le faubourg  des Bilanges

 Le premier élément du quartier est la place publique, la plus grande de la ville, où se tient le marché hebdomadaire, tous les samedis depuis le XIIe siècle. Une grande balance à fléau sert pour les pesages officiels. Cela donne " la place de la Bilange ". Deux rues en partent vers l'ouest : la rue de la Petite-Bilange, qui débouche sur l'anse du port Saint-Nicolas, la rue de la Grande-Bilange, qui conduit à l'abbaye de Saint--Florent par la prairie des Chardonnets, puis le Chemin Charnier ( aujourd'hui avenue du Breil ) et enfin un bac sur le Thouet.
 Sur l'extrémité gauche de l'actuelle rue Saint-Nicolas, le roi Henri II Plantagenêt (1133-1189) fait bâtir d'immenses halles, construites à la manière des cloîtres cisterciens. En 1241, saint Louis y donne la fête de la Nompareille, où sont conviés quelque 2000 chevaliers.
Ainsi, dans le triangle qui s'inscrit entre les trois pôles ( la place de la Bilange, le port Saint-Nicolas et les halles, où se tiennent des foires très fréquentées ), se développe un faubourg tourné avant tout vers le négoce. Les premiers habitants connus du quartier sont dans le commerce ; en 1249, Hervé Le Bourrelier, Pétronille Labordine et sa fille Penthecoste tiennent à loyer deux grandes maisons situées dans la rue de la Petite-Bilange et servant d'hôtelleries ; « Guillaume Le Bigot, de la Billenge de Saumur » fait des affaires et achète une vigne à Chacé en 1268.


2) Le quartier Saint-Nicolas
 Les maisons se multiplient  au cours des XIe et XIIe  siècles. L'église Saint-Nicolas est achevée entre 1143 et 1146. Sa fondation prouve que le faubourg est déjà relativement peuplé. Son emplacement donne à penser que les actuelles rues de la Petite-Bilange, de la Monnaie et Saint-Nicolas étaient bordées de demeures à partir du centre. Sa dédicace n'est pas l'effet du hasard : saint Nicolas est le patron des marchands et des marins. En réalité, l'église est perfois appelée Saint-Nicolas « de riperia - de la rive », car la Loire vient jusqu'à ses murs. Tout l'espace de l'actuelle place Kléber a donc été conquis sur le fleuve.
L'église Saint-Nicolas et son quartier en 1733  L'église-halle primitive est selon la règle tournée vers l'Orient ; un choeur la prolonge du côté de la place Saint-Nicolas. Cette disposition est bien visible sur ce plan daté de 1733 et tourné vers le sud. On pénètre alors dans l'édifice par deux portes latérales, qui nous paraissent aujourd'hui bien basses, car, au cours des siècles, le niveau des rues a été relevé d'environ deux mètres.

 L'église, retournée et "embellie" avec maladresse, est progressivement défigurée. Elle prend néanmoins de l'importance, parvenant au statut d'église paroissiale au XVIe  siècle. La paroisse Saint-Nicolas est étendue et atteint la tour Grenetière. Elle possède ses fonts baptismaux, ses registres paroissiaux, son cimetière, situé à l'ouest de l'église sur un terrain marécageux. Un cimetière plus ancien était éclairé la nuit par une lanterne des morts, un petit édifice à base carrée, qui était surmonté par une flèche octogonale. Ce curieux monument, actuellement seul de ce type en Anjou, est fort peu connu et à moitié détruit. Le voici à gauche vers 1900, et aujourd'hui à droite.
Carte postale figurant la lanterne des morts vers 1900 Lanterne des morts en 2005

3) Un faubourg commerçant et industriel

 L'activité commerciale est soutenue par les foires périodiques et par un port actif, qui se spécialise dans l'exportation des vins. Plusieurs grandes hôtelleries sont ouvertes, sur la place de la Bilange, au départ de la rue Beaurepaire et tout au long de la rue Saint-Nicolas. Au bout de cette voie, près du Chardonnet, l'auberge du Mûrier est recommandée par les premiers guides touristiques. La rue Saint-Nicolas est aussi appelée " rue des Poêliers " et la rue Chanzy " rue des Potiers ", en raison du grand nombre de ces artisans.
 Plus surprenant : ce faubourg devient la zone industrielle de la ville à cause de son port. De 1419 à 1431, un important atelier monétaire frappe des pièces au fond de l'actuelle boutique du fleuriste ( n° 30 ).  Vers 1600, Jacques Lamy fond des cloches à la hauteur du n° 31. Une active raffinerie de sucre est implantée sur le port Saint-Nicolas par le marchand hollandais René Tinnebac. Elle fonctionne de 1669 à 1758, important de la mélasse depuis Nantes et la transformant en sucre roux et en sucre blanc. Une seconde sucrerie, fondée par les frères Martin, existe pendant une vingtaine d'années, entre la rue de la Monnaie et la rue de la  Petite-Bilange. Au XVIIIe siècle, une raffinerie de salpêtre fonctionne en pleine ville, sur la place de la Bilange, entre la Loire et la rue de la Petite-Bilange. A partir du salpêtre récolté dans les caves de la région, elle fabrique une poudre noire d'excellente qualité. Et si explosive que les voisins s'inquiètent. C'est pourquoi Louis-Alexandre de Cessart construit un magasin à poudre situé à l'écart, sur la nouvelle levée du Chardonnet.Plan au burin figurant la nouvelle enceinte du faubourg des Bilanges ( orienté vers l'ouest )

4) Le seul faubourg fortifié de la ville
 Dans le but de renforcer les fortifications de la ville et du château, Duplessis-Mornay décide d'enclore le faubourg des Bilanges. Le chantier est actif dans les années 1592-1597. Deux portes  sont bâties en pierres de taille, le portail Louis (devant la Poste) et le portail Henry (à l'entrée de la place Charles de Foucauld). Le reste de l'enceinte se réduit à cinq buttes de terre précédées par des fossés. Restée inachevée et mal entretenue, la fortification se désagrège très vite.
 La présence protestante dans le quartier est aussi marquée  par un cimetière, en service de 1570 à 1685. Il est implanté sur un terrain étroit qui s'étend entre la rue Brault et la rue Chanzy, en arrière des maisons. Comme ce cimetière est très petit, la communauté réformée le prolonge en achetant trois parcelles s'étirant jusqu'au portail Henry, à peu près sur l'emprise de l'impasse Chanzy.

 5) Promenade vers 1750
 Le Chardonnet est une agréable promenade publique, plantée d'arbres et agrémentée par des jeux 
de boules en plein air.Extrait du plan de Prieur-Duperray
 Peu de maisons au-delà de l'axe de l'actuelle rue Chanzy. La rue Beaurepaire se réduit à quelques hôtelleries du côté de la ville ancienne.
 A droite, le port Saint-Nicolas, la raffinerie de sucre, l'église selon son plan ancien et le petit cimetière au-dessus.
 Si les quatre rues longitudinales sont définitivement tracées, les liaisons transversales sont rares. On repère la rue Brault, qui n'a guère changé, et la Petite rue Saint-Nicolas, alors transformée en impasse. A la façon des traboules lyonnaises, des passages piétonniers favorisent la circulation, comme celui qui subsiste au n° 40, ou la ruette Maugin, qui annonce la rue de la Fidélité, sans rejoindre la rue Beaurepaire. Cependant, une large rue de liaison est en cours de réalisation, la rue Courcouronne, ouverte de 1741 à 1751 à partir d"une cour bordée par des écuries et une caserne.
 La partie inférieure gauche est terre d'Eglise. L'enclos des religieuses de la Fidélité, avec la chapelle donnant sur la rue est désormais vide, car les soeurs viennent d'être expulsées sur ordre de l'évêque d'Angers pour jansénisme intransigeant. Plus bas, le vaste enclos du collège des Oratoriens.
 La place de la Bilange est un étroit cul-de-sac. Cependant, le pont Cessart, alors en projet, va bientôt en faire le centre nerveux de la ville.

6) Promenade vers 1814, l'expansion du quartier
Extrait d'un plan de 1814
  Ce plan de 1814 met en évidence la rapide extension du quartier.
 En longueur ; autour du Chardonnet sont nés (en haut) les Grandes Ecuries, deux écuries privées, le manège Montbrun - plus bas, la caserne, devant laquelle le Chardonnet a été dégagé de ses ormeaux - puis le Manège, la carrière découverte et les petites écuries. Dans l'attraction de l'Ecole de cavalerie, l'extrémité résidentielle de la rue Saint-Nicolas se couvre de maisons.
 Extension en largeur : le quai Carnot alors en projet ( en noir ) sera réalisé de 1843 à 1853. L'ébauche de la rue du Pavillon est portée.
De l'autre côté, la partie gauche de la rue Beaurepaire est en cours de construction.
Vers le bas du plan, la voirie actuelle est encore loin d'être réalisée. Le collège étant abattu, la rue Daillé se tortille dans son ancien enclos, mais la rue de la Fidélité ne naît qu'en 1839. Dans l'axe du pont Cessart, l'actuelle rue Franklin-Roosevelt est encore en chantier.


7) Un quartier vivant
 Même si le réseau routier se stabilise, leInondation de 1904 quartier change en permanence. Le plan d'alignement provoque la reconstruction de nombreuses maisons. La protection contre les inondations s'avère parfois insuffisante, comme en 1904, où l'on circule en barque devent l'église. La rue Saint-Nicolas est même rebaptisée " rue Emile-Zola " en 1905 ; en réalité, cette dénomination tombe vite dans l'oubli.
 Le 29 juillet 1944, à 3 H, 45, une bombe alliée détruit trois maisons aux numéros 55-57 et 59 de la rue.
 Le quartier s'adapte sans cesse. Le voisinage de l'Ecole de cavalerie explique une partie de ses activités : logement des cadres, nombreux cafés, maison close dans la Petite rue Saint-Nicolas, photographe hippique ( Auguste Blanchaud, puis son fils Henri ).
 En outre, la rue Saint-Nicolas offre pendant longtemps toute la gamme des commerces de proximité et de nombreux artisans. Les enseignes changent souvent. La dernière décennie se caractérise par l'importance grandissante de la restauration, des agences immobilières et des soins du corps.