NOM ACTUEL : rue de la Tour de Ménives
 

 QUARTIER : Saint-Hilaire-Saint-Florent
   


 La Tour de Ménives

  Au bord de la voie antique venant de Chênehutte, au coeur d'une zone d'ancien peuplement, la Tour de Ménives jaillit des arbres, perchée sur une petite éminence et offrant un immense panorama ; elle peut, en particulier, communiquer visuellement avec le château de Saumur ( photographie par Voelcker en 1901-1902 ).
 La base des ses murs pourrait remonter au XVe siècle ; les parties hautes et un corps de logis disparu sont des réalisations de la fin du XIXe siècle.

Une puissante seigneurie

  Un premier château, dont il ne reste rien d'incontestable, remonte à la prise de Saumur par Foulque Nerra, au début du XIe siècle. Ce dernier distribue des fiefs dans la ville à une douzaine de ses vassaux : le seigneur de la Tour de Ménives reçoit le quartier de la Maison de la Balance, au débouché actuel du Pont Cessart et à l'angle de la rue de la Petite-Bilange. Un second quartier est tout aussi important, puisqu'il correspond à la Maison du Roi et à ses environs. Aux portes de la ville, ces vassaux possèdent une terre et une maison forte, dont l'ensemble forme une ceinture de protection autour du château.
 Telles sont les bases d'une puissante seigneurie, disposant des droits de haute justice, d'une chapelle fondée en 1497, dédiée à Saint-Antoine de Padoue et implantée dans la cour d'entrée, ainsi que d'une fuie, qui dominait le portail. Aux environs, un important moulin et un dolmen. La Tour de Ménives possède la seigneurie sur les paroisses de Saint-Hilaire et de Chétigné, ainsi que sur de nombreux hameaux des environs, sur le Poitrineau et sur Marson. D'après un aveu de 1432, son extension atteint 1 992 feux. Cependant, elle n'est plus une dépendance directe de la châtellenie de Saumur, mais elle relève de la Pile-Saint-Mars, la seigneurie de la famille de Saint-Médard, très proche des comtes d'Anjou.

Variations toponymiques

 Selon une forte tradition locale, la " Tour de Ménives " serait une déformation de la " Tour de Minerve ", ainsi dénommée en raison de la présence d'un temple gallo-romain  dédié à cette divinité de la guerre et de la sagesse. De nombreuses fouilles sauvages ont été effectuées dans l'enclos, mais aucun vestige probant n'a été découvert. On voit assez mal les Gallo-Romains édifier ainsi un temple loin d'un centre urbain. Le médaillon à la gloire de la déesse est un ajout récent. Sans adopter cette explication risquée, j'avoue que je n'ai guère mieux à proposer.

  La saine méthode invite à partir des premières apparitions du toponyme. Dans les rentes de l'office du chantre de l'abbaye de Saint-Florent ( A.D.M.L., H  2 780 ), apparaît en 1300 la formule « super terra de Bosco dame nive - sur la terre du Bois de la Dame de Nive ». La carte de Cassini porte la « Tour de Nives ». Cette double formulation a donc quelque autorité. Invoquer une origine latine à partir de « nivem », de nix - nivis, la neige, la blancheur, n'a rien de bien convaincant ni de bien scientifique. D'autant plus que le toponyme change sans cesse : dans un acte de 1535 ( A.D.M.L., C 106 ), je relève à plusieurs reprises « la tour de Menirves » ( avec ce "R", on se rapprocherait un peu de Minerve ! ) Dans les trois siècles suivants, la forme " Tour de Menive ", sans accent et sans "S" final devient la plus fréquente, par exemple, sur la plaque tombale d'Urbane de la Roe en 1658 dans l'église de Saint-Hilaire, ou dans les écrits de Bodin et de Raimbault. Cependant, le cadastre de 1811 se contente de la forme " la Tour ", sans plus de précisions. Vaulabelle,  Histoire des Deux Restaurations..., p. 1 822, en 1850, cite " la Tour de Nizé ". La première carte d'Etat-Major au 1/80 000 ème ressuscite " le château de Nise ", puis les éditions suivantes distinguent " le château de Ménives " et le hameau de " la Tour ". Il est difficile d'avancer des hypothèses sur un nom aussi changeant.

Occupants successifs

 Aux XVIe et  XVIIe siècles, la Tour est aux mains de la famille Le Roux de la Roche des Aubiers, puis, par mariage, à la famille du Boul de Ceintré, tous personnages de second plan. Jean de Stapleton acquiert le comté de Trèves en 1747 et il arrondit son vaste domaine en y ajoutant par achat la Tour de Ménives en 1763. Son petit-fils revend la Tour et ses dépendances, en 1810, à Jean Niveleau, très riche bourgeois de Saumur, qui passe pour être le modèle du Père Grandet. Le fils Niveleau revend le domaine en 1852 au négociant saumurois Moreau-Barrier, qui le transmet à son gendre, Jules Coquebert de Neuville. Ce dernier se passionne pour le domaine. C'est lui qui restaure en style néo-gothique les parties hautes du château et qui ajoute un corps de logis. Il déclare bravement que « la Tour de Ménive est la plus ancienne construction de Maine-et-Loire » et il lui consacre un article assez aventureux dans le bulletin de la S.L.S.A.S., juin 1920, n° 22, p. 19-23.

 Par la suite, le château change souvent de mains : s'il a fière allure, il n'est pas confortable à habiter. En 1924, M. Onfroy ; en 1928, M. Nicolas ;  en 1932, la marquise de la Souchère ; en 1941, M. Marchand. Savinien Schermann, médecin à La Rochelle, est expulsé de cette ville, parce qu'il est juif et qu'il n'a pas le droit de résider sur la côte ; il s'installe avec femme et enfant à la Tour de Ménives à partir de 15 janvier 1943 ( je ne sais s'il habite dans le château ou dans une dépendance ). Il est arrêté le 29 janvier 1944 et parvient à survivre en travaillant à l'hôpital Rotschild.
 Le château est ensuite ravagé par un incendie. Il est restauré par Eugène Serrière à partir de 1965. Lui succèdent, en 1972, Carnelutti-Jourdan, Petit en 1977, Monmousseau en 1984, suivi par de nombreux autres.

 
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