NOM ACTUEL : Avenue Victor-Boret
 

 QUARTIER : Violettes Hauts Quartiers
   

 Le Conseil municipal du 18 octobre 1932 entérine les nouveaux noms de rues proposés par l'Office Public d'Habitations à Bon Marché. L'allée centrale du lotissement des Violettes, en cours d'achèvement, est appelée " Avenue Victor-Boret " en l'honneur du dirigeant de l'entreprise de graines, qui avait été administrateur des Hospices pendant 41 ans.
 Contrairement à ce que j'ai longtemps cru, il s'agit donc du père du député et ministre, dont je vais longuement parler, car Victor Boret fils est injustement absent des dictionnaires de biographie locale.

 Il dirige l'importante entreprise familiale de graines, implantée à l'angle de la place du Roi-René ( aujourd'hui avenue du Général de Gaulle ) et de l'actuel quai Comte-Lair. Né à Saumur le 18 août 1872, il y fait ses études, y est initié dans la loge " la Persévérance " en 1894 et devient conseiller municipal. Il est le principal créateur du Comité des Fêtes en 1899. Il poursuit cependant sa carrière politique hors de la ville.Photo extraite d'une profession de foi ( collection de Fr. Pichard )
 Il devient conseiller général de Moncontour en 1910, député de Loudun de 1910 à 1927 et sénateur de la Vienne de 1927 à 1936. Il est parfois étiqueté radical-socialiste et parfois gauche-radicale ( selon le piège bien souvent tendu aux étudiants de Sciences Po, ce groupement se situe au centre-droit ).
 Spécialiste reconnu des questions rurales, il publie de nombreuses brochures, par exemple : " Pour et par la Terre ", " Pour ou contre la Terre ". Il est président ou vice-président d'une douzaine de sociétés d'encouragement à l'Agriculture et est membre des académies d'Agriculture de France et de Prague. Il a aussi présidé la Commission de l'Agriculture de la Chambre des Députés.J'ai vu, 12 janvier 1918

 Son ami Clemenceau l'appelle dans son second cabinet et lui confie l'important ministère de l'Agriculture et du Ravitaillement, qu'il occupe du 16 novembre 1917 au 20 juillet 1919. Ce poste-clef lui vaut un instant de célébrité. Le voici en couverture du magazine J'ai vu... du 12 janvier 1918. Cela lui vaut aussi de vives attaques venant des députés, au point que Victor Boret doit démissionner. Il redevient ministre de l'Agriculture dans l'éphémère cabinet Steeg ( 13 décembre 1930-26 janvier 1931 ).

 Comme tous les hommes politiques de l'époque, Victor Boret effectue un voyage d'études en U.R.S.S. et en revient moins ébloui que la plupart de ses collègues, trompés par les " villages Potemkine " qu'on leur fait visiter. Il publie ses analyses dans un ouvrage pénétrant, " Le Paradis infernal ( U.R.S.S., 1933 ) ", préfacé par Edouard Herriot et paru chez Quillet en 1933. Il y souhaite la reprise des relations commerciales avec ce pays, mais, particulièrement attentif à la collectivisation de l'agriculture, il en devine les difficultés et en annonce les déboires. Il constate déjà l'hécatombe du bétail. Il ajoute : « Cet aspect psychologique du plan quinquennal nous fait mettre le doigt sur le vice essentiel du système, celui dont il mourra peut-être : l'illusionnisme ».

 Pendant la guerre 39-45, Victor Boret n'est pas insensible au retour à la terre prôné par le gouvernement de Vichy, mais dans la préface qu'il donne au " Corporatisme " publié en 1941 par A. de Peraldi ( Jean Laborde ), il se garde de tout éloge à l'égard du Maréchal.

 Son entreprise et ses papiers sont détruits en 1940, puis à nouveau en 1944. Très affecté, Victor Boret décède à Neuilly-sur-Marne, le 22 mars 1952.

 L'entreprise Victor Boret publiait des catalogues de graines très appréciés. Le " Manuel de l'amateur de jardinage et de l'agriculteur ", imprimé chez A. Roland en 1922, présente en dernière de couverture ce naïf panorama des terres maraîchères et des locaux ( nettement grossis ) de l'établissement.

Catalogue V. Boret, 1922
 

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