NOM ACTUEL : rue du Vieux-Bagneux
 

 QUARTIER : Bagneux
   


           Rien à signaler sur cette voie, mais beaucoup à dire sur le quartier du Vieux-Bagneux auquel elle aboutit.

Le nom de Bagneux

 En toponymie, la saine méthode invite à rechercher les premières apparitions du mot. Les diverses éditions du dictionnaire de Célestin Port remontent jusqu'en 1096-1097 et à une charte par laquelle Hugues de Saumoussay donne aux moines de Saint-Maur, entre autres, «  decimam vinearum, trium scilicet arpennorum, consistencium in villa, Salmuro castro vicina et supra Thoarium sita, Benniolus vocata - une dîme sur des vignes d'une grandeur de trois arpents se situant dans la villa appelée Bagneux, près de Château-Saumur et sur le Thouet » ( Cartulaire de Saint-Maur, éd. Marchegay, p. 374 ). Je remonte un peu plus haut, dans un acte concernant Dénezé du 13 décembre 1087, où apparaît parmi les témoins Vallotus de Balneolis ( A.D.M.L., H 3107, n° 3 ). La forme Balneolis, ablatif locatif pluriel du latin tardif  Balneolae,  « le petit bain », confirme l'explication traditionnelle par la référence aux thermes du Pont-Fouchard.

Le prieuré-cure et la première église

 L'abbaye de la Sainte-Trinité de Mauléon implante un prieuré-cure et construit la première église, dont il subsiste quelques vestiges. Bien que peu peuplé, Bagneux devient une paroisse. La première mention historique apparaît dans une bulle du 13 mai 1123 du Pape Callixte II, qui prend sous sa protection, entre autres biens de l'abbaye, «  ecclesiam Sti Petri de Baignos cum decimis panis et vini - l'église de Saint-Pierre de Bagneux avec ses dîmes sur le pain et le vin » ( cité par Bélisaire Ledain dans Archives historiques du Poitou, t. XX, 1889, p. 18 ).

La seigneurie et le château

 Tout village a son seigneur et la seigneurie dispose d'au moins une salle dans le hameau. On n'a rien de précis sur les premières familles implantées, avant les suivantes :

- la famille de la Haye ( vers 1432 à 1490 )
 La Haye est un fief disparu situé à Chétigné et dépendant de Cinq-Mars ( dit aussi Saint-Médard ). En 1426, alors que tous les nobles sont ruinés par la Guerre de Cent Ans, Madame de la Haye, née Jehanne d'Ancenis  ( si elle est bien de cette famille ) fait un prêt de 400 écus d'or, pesant six marcs, une once un quart, à Jean du Bellay, seigneur du lieu et de Gizeux ( Livre journal de l'abbé de Saint Florent, Jean du Bellay, l'aîné et le jeune, A.D.M.L., H 1920, fol. 95 ). En 1432, Jean de la Haye, seigneur de la Salle et de Bagneux, est seulement cité ( A.D.M.L., H 3217 ). En 1432, il achète trois jeux de pré dans la prairie d'Offard ( A.D.M.L., H 3205 ). En 1442, Thibaud de la Haye revend ces trois jeux ; il semble bien être l'héritier du précédent. En 1437, Thibaud de la Haye, sieur de la Salle, de Bournan et de Bagneux, achète la charge de capitaine de la ville et du château de Saumur pour un montant de 1 200 livres, la moitié au Roi René, l'autre moitié à Yolande d'Aragon. La charge est au denier douze, c'est-à-dire qu'elle rapporte 100 livres par an qui lui sont payées par la ville de Saumur. Cette famille de la Haye semble donc riche, mener des affaires et devient puissante dans Saumur. En 1446, le fils de Thibaud de la Haye, appelé, à la fois Joachim de la Haye et Joachim de Bournan, doit succéder à son père, mais il est jugé trop jeune pour exercer la fonction de capitaine. Finalement, le 16 février 1447, le Roi René nomme comme capitaine de Saumur Guy II de Laval-Loué, un personnage très important. Cette famille de la Haye est très influente, je suppose qu'elle a construit les murs entourant le château. Un autre membre, Louis de Bournan, capitaine des Ponts de Cé et seigneur du Coudray Macouard, reçoit du Roi René une maison située à Saumur dans la rue d'Enfer.

- la famille de la Grésille ( de 1490 à 1648 )
 La Grésille est un fief situé à Ambillou-Château. Gilles de la Grésille est aussi seigneur de la Tremblaie. Les membres de cette famille sont des guerriers. Jacques se signale à la bataille de Pavie ( 1525 ), René, capitaine de cinquante hommes d'armes des ordonnances du Roi, s'est rallié à la Réforme et a été en 1597 tué par un tir de mousquet au cours du siège du château du Plessis-Bertrand. Les terres tombent en quenouille : la fille unique du précédent, Renée, épouse son cousin Urbain Turpin, mais le domaine est vendu en 1648.

- la famille Moreau de la Morinière ( 1648-vers 1704  )

 Urbain, puis Guillaume Moreau, seigneurs de la Morinière, des hommes de loi.

- les Blondé de Bagneux et leurs descendants

 Une famille d'officiers de finance. Selon le dictionnaire de Célestin Port, Gilles Blondé, grenetier et contrôleur en l'élection et grenier à sel, déjà seigneur de Montaglan, est dit seigneur de Bagneux en 1704. Lui succèdent Charles Blondé de Bagneux et surtout Gilles Blondé de Bagneux ( 1729-1800 ), un personnage influent, qui est élu  maire de Saumur le 25 mai 1762, qui devient subdélégué de l'Intendant de Tours, qui se rallie aux débuts de la Révolution et devient président de l'Assemblée départementale du Maine-et-Loire. Déclaré suspect de sympathies envers les Vendéens, il est emprisonné plusieurs mois, mais opère un surprenant retour en se faisant élire maire de Saumur intra muros le 26 mars 1797 ( très souvent cité dans les chapitres 19 à 27 du Récit )
 Comme Gilles Blondé de Bagneux n'a pas d'enfants, la terre passe à un neveu par alliance, Laurent Delandes. D'où Charles, puis Jacques. Leur héritière, Madeleine Delandes, épouse René Agnès, officier ( 1910-1997 ), qui fait confier les précieux documents familiaux aux archives municipales.

Les seigneurs de Bagneux et Saumur

 Les seigneurs de Bagneux occupent à plusieurs reprises la fonction de capitaine de la ville et du château de Saumur, habituellement par achat de la charge. Sans doute par suite de cette fonction, il possèdent le fief du Boile du château, un curieux enclos qui forme un domaine à part dans la ville. Au XVIIIe siècle, les Blondé exercent toujours ces droits et font établir un papier-terrier qui constitue un premier cadastre.


 
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