NOM ACTUEL : r. Waldeck-Rousseau
 

 QUARTIER : Offard - Millocheau
   

Premières dénominations : rue Censier ou Sancier, les deux orthographes apparaissent, mais je préfère la seconde, car elle correspond à une importante famille de bouchers, implantée dans l'îlot septentrional, famille qui avait acquis l'office de juré-crieur d'enterrements. XVIIe-XVIIIe siècle : 
- rue des Ponts ( 1750 )
- Grande-rue du Faubourg des Ponts ( 1767 )
- Grande-rue des Ponts ( 1784 ). Cette appellation se maintient toujours dans le quartier.

1794-1818 : rue de la Liberté, c'est le nom révolutionnaire du district du quartier.

Gravure de 1818 et plaque récente1818 : rue de la Visitation, car la rue conduit à l'ancien couvent fermé. Ce nom est gravé, entouré d'un mince filet, sur le n° 1.

Après la croix des Capucins, au carrefour actuel de la rue Paul-Bert, la rue continue de s'appeler la " Grande-rue des Ponts ".

En 1838, les noms précédents sont maintenus par le Conseil municipal, alors que la commission de la voirie avait proposé de rebaptiser l'ensemble " rue du Roi-René ".

1905 : rue Waldeck-Rousseau, un ancien président du Conseil peu connu, mais important ; il avait gracié le capitaine Dreyfus et fait voter la loi sur les Congrégations religieuses. Décédé en 1904.

La grande rue pavée des Ponts

 Le grand pont de bois achevé dans les années 1159-1162 aboutissait très vraisemblablement à cette rue, qui correspondait à l'axe le plus aisé du franchissement des bras de la Loire.

 Au XVe siècle, la rue est très fréquentée, surélevée, pavée et en cours de rectification par la Chambre des Comptes d'Anjou, qui cherche à abattre les murs en avancée. La Maison de la Reine de Sicile n'est pas le seul hôtel patricien de la rue ; la famille Delommeau y possède au moins une résidence ; les ducs de Bretagne possèdent un hôtel dans la rue ou auprès.

 Le plan de Nicolas Poictevin, remontant aux années 1679-1683, présente une rue rectiligne, d'une dizaine de mètres de largeur.

Détail des plans et élévation des ponts par Nicolas Poictevin

  Cette figuration simplifiée est certainement optimiste, car des plans postérieurs montrent des façades en avancée sur la voie. Les contemporains n'ont pas conscience de l'unité de la rue. Une arche de pierre rétrécie, appelée d'abord arche de Mauconseil, puis arche du Moulin-Pendu, enjambe une boire, sur laquelle a été implanté en 1411 un premier moulin à hauteur variable. Voir histoire détaillée de ce moulin et plan dans l'étude chronologique. A la sortie de l'îlot Sancier, la chapelle du Saint-Sacrement, bénite le 30 juillet 1654, déborde sur la traversée ( il n'en subsiste aucun vestige ). Les déboires continuels des anciens ponts et les tentatives de traversée en oblique entraînent des déviations temporaires par une rue parallèle, située plus à l'est, plus bas sur le plan au-dessus. La " rue du Vieux-Pont " relie les deux passages. Voir le dossier et l'animation consacrés aux anciens ponts.

La déchéance

 Après le lancement du pont Cessart et surtout après l'ouverture du pont Napoléon en 1834, la rue perd sa fonction de transit et son animation au profit de la rue Nationale. Elle demeure intensément peuplée ( voir par exemple le nombre de familles entassées dans la maison de la Reine de Sicile ), mais les habitants sont désormais très pauvres. Les hôtels anciens sont rafistolés n'importe comment et parfois remplacés.

Rue de la Visitation, photo par Fr. Voelcker En juin 1944, la partie septentrionale de la rue est écrasée par les bombes et compte beaucoup de morts. La voie est reconstruite sans plan d'ensemble, mais selon un nouveau numérotage, sans table de concordance, ce qui rend les recherches historiques aventureuses.

 

Les inondations

 L'île d'Offard n'est pas protégée des crues par un quadrilatère complet de digues. Un projet avancé en mars 1887 n'a jamais été mené à son terme. Quoique nettement surélevée, la rue Waldeck-Rousseau peut être touchée par les inondations d'une hauteur exceptionnelle. Voici une carte postale la représentant en 1904.

 

 

N° actuel

CURIOSITÉS

La culée de l'ancien pont, surmontée par un grand orme. Vestiges de la culée d'un ancien pont de pierre ;  en arrière, traces de l'hôtellerie de la Croix de par-Dieu. Enfin, le marronnier et le port portant ce nomCulée aujourd'hui détruite du pont de pierre, puis du pont de bois, entre les deux arbres -

Orme planté au bout de la rue Waldeck-Rousseau, en face de l'Hôtel de Ville D'une largeur de 11, 60 mètres, la solide culée forme une avancée sur la Loire, en face de la rue de la Tonnelle. Un arbre géant, planté sur cette petite esplanade, domine tout le quartier de ses hautes ramures, écrasant le maigre marronnier situé au départ du quai de ce nom. Une tradition locale affirme qu'il s'agit d'un orme, planté comme arbre de la Liberté en avril 1848.
 Il faut toujours contrôler ces dires. La forme des branches invite à vérifier s'il s'agissait bien d'un orme. Les anciens des Espaces Verts de la Ville, qui ont abattu l'arbre en 1982, me le confirment et une carte postale l'appelle " l'Ormeau ". A l'inverse, l'arbre de la Liberte de 1848 a été planté sur la place de l'Hôtel de Ville ; de toutes façons, il a été abattu sur l'ordre du sous-préfet dès janvier 1852. Notre grand orme remontait probablement à une date plus ancienne.

Entre les deux arbres et en avant de la rue du Vieux-Pont - L'îlot était occupé par la vaste hôtellerie de " la Croix de par-Dieu ", qui tire son nom de son enseigne, un signe typographique placé dans les missels et les abécédaires, qui invitait les fidèles à se signer. L'état civil protestant préfère l'appeler " l'hôtellerie du Signe de la Croix ". A la fin du XVIIe siècle, le pont qui y aboutit prend le nom de " pont de la Croix de par-Dieu ". L'hôtellerie ferme à la veille de la Révolution. Elle est ensuite habitée par Mesnet de la Cour, un notaire apostolique, dont la famille est encore présente en 1839. Laissés à l'abandon, les bâtiments, très hétéroclites, sont détruits pour laisser la place à un nouvel hôtel aux façades consternantes.

1 - 3 et 5, rue Waldeck-Rousseau, photographiés avant leur restauration

1 - Maison restaurée dans le style des boutiques du XVIIe siècle. La photo de gauche représente les premières maisons de la rue avant leur restauration.

3 à 11 - Une série de pignons très aigus, tournés du côté de la rue, incite à dater du XVIe siècle cette série de hautes maisons, en partie restaurées.

 

13 et 15 - En 1839, cet ensemble était la maison de ville de la famille Nau-Maupassant.

22 - Maison datée de 1900, sur la lucarne.

23 - Ancienne dépendance de la Visitation.

27 - Ancienne cour d'entrée de la Visitation, débouchant sur le parloir. Voir l'histoire du couvent. Voir le dossier topographique consacré au monastère et à l'église.

32 - D'abord " école communale de Jeunes Filles " ; décorationMaison détruite, située à l'angle de la rue Paul-Bert caractéristique de la municipalité Peton. Dès 1910, l'école est fermée et revendue aux enchères à Pierre-Marie Grignon.

 

 

 

Carrefour avec la rue Paul-Bert - D'étroites et pittoresques maisons sur pan de bois et hourdis en tuffeau ont été détruites en raison de leur délabrement, comme celle de droite.

 

 

Dans ce même quartier se trouvait un autre carrefour entièrement disparu et difficile à localiser. Le voici, ci-dessous, photographié entre les deux guerres :

Carrefour sur la rue Waldeck-Rousseau

 

Après la rue Montcel - Maison de la Reine de Sicile et maisons voisines. Voir étude particulière sur cet ancien logis.

 

Maisons attenantes à la Maison de la Reine de Sicile 

 Deux maisons, restaurées après la guerre, constituaient des dépendances probables de la Maison de la Reine de Sicile, puisqu'elles appartiennent au même îlot. La plus proche présente des vestiges du XVIe siècle, la seconde présente des ouvertures refaites au XVIIe siècle.

 

 

L'extrémité nord-ouest de l'ancienne rue Waldeck-Rousseau

 

 

 

 

 

 L'examen d'anciennes cartes postales révèle que deux autres demeures à hauts pignons prolongeaient ce bel ensemble de résidences patriciennes, ravagées par les bombardements de 1944.
  

 Avant l'aménagement du quai du Roi-René, la rue se terminait brutalement, en cul-de-sac, sur un mur. Les gens du quartier appelaient cet endroit " le Bout du monde ".

Le bras des Sept-Voies est souvent réduit à un simple filet d'eau. Sur cette carte postale, on notera la présence de quatre lavandières, toujours en train de papoter, et de quelques pêcheurs à la ligne. La culée de l'ancien pont est remplacée par une haute muraille.

Le bout du monde. La Visitation était loin à gauche

 

 

Square du Souvenir, "le Martyr" par Alfred Benon

 Le nom est resté au petit " square du Bout-du-Monde ", rebaptisé récemment le " square du Souvenir ", en raison de deux monuments mémoriels : une stèle dédiée aux " Cadets ", inaugurée le 8 juin 1950 ; une statue expressive d'Alfred Benon, " le Martyr ", rappelant les victimes civiles de la guerre, particulièrement nombreuses dans ce quartier. Cette statue, primitivement baptisée " la Douleur ", était destinée à orner un vaste ensemble monumental prévu au cimetière ; le Conseil municipal a opté pour une simple stèle de grandes dimensions, mais a conservé la statue.


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