La carte de Cassini



 Les progrès de la triangulation et des observations astronomiques ont permis à l'Académie des Sciences de fixer avec une grande précision les coordonnées des principaux points du royaume, l'observatoire de Paris constituant le repère de référence.
 Une triangulation principale opérée par Marani II et par Cassini II et ses fils, publiée en 1744, indique les emplacements calculés des limites frontalières, des espaces côtiers et des grands cours d'eau. Saumur est inclus dans ce réseau géodésique de premier ordre. Pour opérer leurs observations, les ingénieurs cartographes se sont installés au point culminant du coteau, au moulin Alleaume ( entièrement détruit pour ouvrir l'allée des Clématites ). De là-haut, ils ont calculé les angles vers quatre repères, vers le clocher de Saint-Eusèbe à Gennes, vers la Croix Orée à Blou ( aussi appelé Moulin Duvau ), vers le Signal des Loges, situé à la Breille, au bord du coteau, vers le château de la Motte, sans doute la Motte de Sonnay, à Cravant-les-Coteaux.
Triangulation principale dans le Saumurois 
 
  Ces repères, assez éloignés, ne sont visibles que par très beau temps. A partir d'une série de calculs trigonométriques, les cartographes ont pû fixer les coordonnées suivantes pour Saumur :
Extrait du tabeaux des coordonnées

 C'est-à-dire la longitude en degrés, minutes et secondes par rapport au méridien de l'Observatoire de Paris, la latitude par rapport à l'équateur, la distance directe à l'observatoire de Paris, en toises, puis en lieues.
 Sur la base de ces données, l'Académie royale des Sciences peut publier en 1747 la première carte du royaume qu'on peut qualifier d'exacte ; les superpositions récentes avec les vues par satellite prouvent l'exactitude du travail. Toujours en 1747, le roi Louis XV confie à César-François Cassini de Thury, dit Cassini III, la charge de dresser une carte détaillée de son royaume. Une vingtaine d'ingénieurs cartographes oeuvrent en même temps, munis d'un graphomètre à deux lunettes, complété par une boussole ; ils arpentent chaque feuille du Nord au Sud, sur une largeur d'une vingtaine de kilomètres pour chacun. Les premières feuilles paraissent en 1756, toutes au format de 60 cm de hauteur sur 95 cm de largeur pour la partie gravée et à l'échelle d'une ligne pour 100 toises, soit au 1/86 400. Les dernières cartes ne paraissent qu'en 1818, ce qui aboutit à un total de 180 feuilles.
 Les premières éditions, reproduites dans Gallica, sont aquarellées et, à cause de ces surcharges, peu lisibles. Nous avons préféré reproduire la réédition parue dans les années 1800.
[ Source principale : Monique Pelletier,  Les cartes des Cassini, la science au service de l'état et des provinces,
C.T.H.S., 2013 ]
 
Montage des deux feuilles de Cassini
© IGN  

 Un grave défaut saute aux yeux : Saumur est placé à la limite de deux feuilles et le raccordement est loin d'être parfait ; la figuration des rivières et des prairies n'est pas homogène ; la grande levée empierrée s'arrête brusquement à l'entrée de Saint-Lambert. Les Grandes et les Petites Demoiselles, signalées sur la feuille 65, réapparaissent plus bas sous la forme d'un hameau ; les Tissonnièressont citées à deux reprises, avec une orthographe différente.
 Il y a plus grave : les grands travaux du pont Cessart et de la Percée centrale sont alors en cours. Les cartographes ont juxtaposé l'ancienne ligne de ponts avec la nouvelle en début de réalisation. La réédition des années 1800 a ajouté le réseau de grandes routes bordées d'arbres, ainsi que le pont Fouchard, signalé par 3 Ar(ches).
 En dépit de ces maladresses, chaque feuille mérite un examen détaillé.
 
Loupe

AGRANDIR


- Cassini, feuille 65, Tours

 
Cassini, feuille 66, Richelieu-Saumur


 La carte des Cassini est rééditée sous des formes diverses. Après 1790, Louis Capitaine, ingénieur géographe militaire, en donne une version réduite au quart, soit à l'échelle de 1/345 600. Il ajoute les limites des départements, des arrondissements et des cantons. Le réseau routier saumurois est rectifié, le pont Cessart est représenté par "12 Ar(ches)", mais le quartier des Ponts a disparu. Surtout ont disparu les hameaux, les métairies, les activités agricoles, tous les détails, qui, évoqués par une gravure élégante, faisaient le charme de l'édition originale.
La réédition de Cassini par Capitaine
© IGN

 Quelle que soit l'édition, même gravée par de bons artistes et forte d'une solide enquête topographique, la carte des Cassini présentait quelques graves lacunes. Le réseau routier y est bien trop sommaire. Surtout, il lui manque la troisième dimension ; le nivellement général n'est pas encore commencé ; aucune cote d'altitude n'est portée et le relief, même s'il est décrit d'une manière élégante, reste malgré tout impressionniste. Les militaires, se plaignant beaucoup de cette lacune, ont obtenu le remplacement de la carte de Cassini par la carte de l'Etat-Major, que nous verrons plus loin.
 



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