J. Manier


L'instruction dans le Département de Maine-et-Loire, 1858-1867


Cartographie : Ch. Maréchal - Editeur : Barassé


 Cette carte peu connue, trouvée sur Gallica, constitue une curiosité : elle présente par communes le pourcentage des conscrits qui ont déclaré ne pas savoir signer de 1858 à 1867. Elle a des intentions militantes et dresse un palmarès entre les communes du département ; un tirage particulier est destiné aux écoliers, qui pourront la colorier en classe.
 La moyenne du département sur ces dix années s'établit à 36 % de conscrits totalement analphabètes. Voici un fragment de la carte concernant Saumur et ses environs immédiats :

Instruction des conscrits de 1858 à 1867

 Première surprise : le village de Parnay vient en tête du département avec un pourcentage de 4,54 % d'analphabètes. Il est suivi de près par Turquant ( 7,50 % ), Chacé ( 8,51 % ) et Varrains ( 8,95 % ). Tout le vignoble présente d'excellents résultats. La ville de Saumur appartient à une classe plus élevée et se situe à 16,57 %. Saint-Hilaire-Saint-Florent est un peu plus à la traîne avec 29,23 %, résultat qui reste néanmoins au-dessus de la moyenne départementale.
 Un fort contraste  se dessine entre les deux rives de la Loire. Saint-Lambert-des-Levées atteint 33,10 % et les communes voisines présentent des résultats catastrophiques, Allonnes avec 50,60 % et plus au nord, la Breille remporte le bonnet d'âne du département avec 81,25 % de conscrits incapables de signer. D'une façon plus globale, le Baugeois et le Segréen apparaissent comme attardés par rapport au Sud-Saumurois, aux Mauges et à la région d'Angers.
 Même si le seul critère de la signature est un peu simpliste, il n'y a pas lieu de douter de l'exactitude de ces résultats. Il est plus difficile d'en donner une explication solide. Depuis la loi Guizot de 1833, toutes les communes de la région sont pourvues d'une école, qui est gratuite pour les indigents et peu onéreuse pour les autres, mais qui n'est pas obligatoire. Les vignerons, plus progressistes et tournés vers le commerce, pensent qu'une instruction minimale est nécessaire et ils ne font travailler leurs enfants qu'à la période des vendanges. Dans les zones de maraîchage, d'élevage et de polyculture, les enfants sont nettement plus exploités et, en particulier, ils gardent le bétail ; à quoi bon les envoyer dans une école qui paraît inutile dans des milieux isolés et traditionalistes. Le retard scolaire ne vient pas d'un défaut d'équipement, mais des mentalités.
 Pourquoi la ville de Saumur, qui se dit progressiste et favorable à une instruction de masse, présente-t-elle des résultats seulement corrects, alors qu'elle est pourvue d'écoles totalement gratuites ? Comme je l'avais constaté au XVIII e siècle, les vieux Saumurois font instruire leurs enfants, mais la ville est marquée par une forte immigration de familles en général peu lettrées, ce qui explique un certain retard.
 Malgré tout, notre région est globalement alphabétisée à la veille des lois de Jules Ferry.

 Cette carte présente un certain intérêt
par les contrastes qu'elle révèle, mais elle n'a pas la valeur du relevé des signatures des conjoints au mariage, ce qui sera fait par la grande enquête nationale publiée par Maggiolo en 1880. Elle ne concerne que les hommes et ne présente aucune épaisseur historique.
 Pour la seule ville de Saumur, j'ai étudié les signatures des conjoints sur plusieurs étapes de l'Ancien Régime et du début du XIXe siècle. J'ai également présenté le réseau scolaire avant la loi Guizot, puis la création de nouvelles écoles au cours du siècle. Ces études sont plus complexes, mais elles démontrent que l'instruction n'a pas connu une progression continue.   





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